Affichage des articles dont le libellé est Programmes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Programmes. Afficher tous les articles

L'éducation nationale audite l'enseignement de l'écriture

tables écolier écriture
L'inspection générale de l'éducation nationale vient de publier une analyse décapante de l'enseignement de l'écriture manuscrite en France. Les pratiques observées par les inspecteurs montrent que malgré la bonne volonté des enseignants, l'écriture cursive reste le parent pauvre des enseignements élémentaires.

D'après le rapport de l’inspection générale intitulé "Bilan de la mise en œuvre des programmes issus de la réforme de l’école primaire de 2008", les mauvais résultats de l’école primaire française qui n’apprend à lire et à compter qu’à 80 % des enfants, ont des racines plus profondes que la seule mise en cause des programmes.

Entre autres, la formation des enseignants, et le temps alloué à l'apprentissage de l'écriture cursive sont mis en cause. Extraits du rapport:

"Les facettes très différentes de l’écriture sont toutes importantes pour la suite de la scolarité, y compris la plus élémentaire d’entre elles, l’apprentissage du geste graphique rapide et sûr pour tracer les mots en écriture cursive.
Apprendre à écrire au cycle 2, c’est aussi bien apprendre à coder des mots (activité symétrique du déchiffrage dans l’acquisition d’une expertise avec le code de la langue), à écrire des mots ou des phrases sous la dictée, à copier des textes ou à les transcrire (en transformant le plus souvent un texte imprimé en une version manuscrite en écriture cursive) ; c’est enfin apprendre à rédiger, à construire des phrases correctes et des textes cohérents. 
92 % des maîtres interrogés estiment travailler de manière satisfaisante la copie, et 94 % la dictée. Pour la rédaction, ils ne sont plus que 52 % à porter ce jugement favorable sur leurs pratiques. Si les cahiers des élèves permettent de vérifier que cette dernière affirmation correspond aux réalités, les écrits n’attestent pas nécessairement un enseignement rigoureux du geste d’écriture. L’observation en classe met en évidence que l’écriture cursive et les pratiques de copie sont souvent mal fixées, avec les conséquences en matière de lenteur et  d’approximations graphiques que cela aura inévitablement à plus ou moins long terme. (...) On n’accorde guère d’importance à ces tâches qui relèvent d’un rite scolaire et ne sont pas perçues dans ce qu’elles peuvent avoir de formateur. La préconisation des programmes de 2008 de faire rédiger des phrases, et pas immédiatement des textes, a libéré certains maîtres qui disent se sentir plus à l’aise pour demander à leurs élèves de produire des écrits dès le CP. Dans de nombreuses classes, des images inductrices sont données pour que chaque élève ait « quelque chose à dire ». De l’image unique (qui, par exemple, soutient la rédaction d’un portrait) à la série d’images séquentielles qui induit un récit, le passage est franchi en cours de CP. Les récits de vie sont peu sollicités mais on en trouve dès cette classe (« raconte ce que tu as fait pendant les vacances de Noël » ; « raconte ta plus grande peur »). Mais dans ce domaine comme dans d’autres, l’enseignement est très limité : les élèves sont mis en situation de produire et, sans travail supplémentaire de leur part, leurs propositions sont mises aux normes orthographiques par le maître et l’activité s’arrête là."

Cette analyse de l'inspection générale rejoint complètement l'observation que je fais chaque fois que je travaille avec les enseignants : La plupart me décrivent leur frustration par rapport à leur formation initiale qui ne met qu'exceptionnellement l'accent sur une méthode d'apprentissage de l'écriture cursive. Si la majorité d'entre eux a évidemment développé sa propre progression pour initier les élèves à l'écriture manuscrite, ils sont parfois désemparés par l'absence de modèles ou d'outil fournis par l'éducation nationale. Et encore plus pour aider les élèves en difficulté.

Pour aller plus loin:
le rapport de l’inspection générale: "Bilan de la mise en œuvre des programmes issus de la réforme de l’école primaire de 2008"

 

À quelle vitesse les élèves écrivent-ils en cursive?


écriture cursive scolaire
La vitesse à laquelle les élèves écrivent pose souvent des questions aux enseignants et aux parents. "Ecrit-il assez vite?" est une question qu'on me pose souvent. La réponse que j'aimerai faire est "Assez vite pour quoi faire?" Prendre des notes rapides sous la dictée? Recopier un texte? Ecrire un cours au propre?

Pour prendre des notes au collège ou au lycée, l'élève est sous contrainte de temps, et la lisibité de l'écriture cursive s'en ressent souvent. Pour beaucoup de productions écrites d'élèves, rapidité et lisibilité sont antinomiques (mais pas toujours, certains écrivent très lentement sans que la qualité ne soit au rendez-vous)

La vitesse d'écriture est un enjeu :
  •  pour l'enseignant qui souhaite réduire la durée des phases de prise de notes pour pouvoir continuer la partie active de son cours (ou simplement pouvoir effacer le tableau pour continuer... je le sais, j'ai aussi été enseignante) 
  • pour l'élève qui ne souhaite pas être celui qui ralentit le groupe par sa prise de notes tardive 
  • pour l'élève encore, car ses notes manuscrites sont souvent son principal support de révision 
  • pour l'élève toujours, qui doit écrire suffisamment vite et facilement pour être en mesure d'écouter et de comprendre son professeur
  • pour les parents qui n'ont souvent que la production écrite de l'enfant pour évaluer son implication dans le cours (un cours incomplet est pour eux un signe inquiétant)
Bref, écrire "vite" est un gage de réussite en classe.

Parfois la perception que les enseignants, les parents ou l'élève ont de la vitesse d'écriture est faussée.
Il m'arrive d'avoir en consultation des patients qui pensent écrire lentement alors que leur vitesse d'écriture est tout à fait dans la moyenne, et même certains qui écrivent réellement trop vite.
comment savoir ce qu'il en est réellement? Quelle est la normalité en terme de vitesse d'écriture cursive? Plusieurs chercheurs ont publié les résultats de leurs études sur les élèves européens dans les différentes classes d'âge.

Pour étudier la vitesse d'écriture de manière rationnelle, les chercheurs utilisent des tests normalisés comme par exemple le test BHK , mais aussi les tests dérivés des écoles anglo-sanxones : Handwriting Speed Test (HST) ou l'ETCH-C : evaluation tool of children handwriting - cursive. Le passage par ces tests normalisés est indispensable si on veut comparer les productions de différents élèves, car la vitesse d'écriture varie fortement en fonction du type d'exercice proposé (écriture spontanée, dictée ou recopie) ou des consignes(écrire le plus vite possible ou normalement, en cursive ou en script).

Voici quelques données chiffrées, trouvées dans un tableau récapitulatif  mentionné dans l'ouvrage "troubles de l'écriture chez l'enfant, des modèles à l'intervention" chez de Boeck et Solal.



Notez que les vitesses sont très similaires pour l'écriture cursive dans différent pays européens.






France Suisse Italie Pays-Bas Irlande
CP 10



CE1 24 22 27 25
CE2 34 33 38 35 42-45
CM1 45
48 46 51-58
CM2 46
55 54 55-61
 vitesse (signes par minutes) dans différents pays

Dans l'enseignement secondaire,  la vitesse d'écriture cursive des élèves continue à progresser durant leur scolarité, même après 15 ans.


6ieme 5ieme 4ième 3ième 2de 1ère Term.
Français 66 74 81 86


HST Anglais 73-74 91-100 103-105 105-108 112-118 120-121 122-124
vitesse d'écriture cursive en signes par minute (en secondaire)


Ces valeurs ne sont que des moyennes, et la dispersion à l’intérieur d'une même classe est importante. De plus il ne faut pas oublier que lee test utilisé en France comprend l'écriture d'un texte standardisé de difficulté croissante. On obtient donc en classe des vitesses souvent supérieures avec des dictées de textes de moindre difficulté. En revanche la recopie d'un texte complexe peut prendre plus de temps.


Attention à ne pas confondre vitesse d'écriture et vitesse de déplacement du stylo
Les tests mentionnés si dessous évaluent tous les vitesses d'écriture en nombres de signes par minutes (les chercheurs préfèrent parler de fréquence d'inscription). Comment faire pour accélérer? A première vue, il suffit simplement de bouger plus vite la pointe du crayon pour faire plus de signes dans le même temps. Mais en fait, pour l'écriture cursive, ce n'est pas si simple que cela. Plus la pointe du crayon va vite, plus les dérapages sont possibles, plus l'élève freine et accélère subitement. Prenons l'image d'un autobus : moins il y a d'arrêts sur le trajet, plus le bus ira vite, et cela indépendamment de sa vitesse de pointe. Pourquoi? car lorsqu'on s'arrête, c'est le fait de devoir ralentir pour stopper puis de ré-accélérer au démarrage qui ralentit le voyage et le rend inconfortable... 

Alors, quand doit-on s'inquiéter?
D'un point de vue purement scientifique, il n'y a que si un élève se situe a plusieurs écart-types sous ces moyennes lors d'un test standardisé qu'il faut s'inquiéter d'une lenteur d'écriture. Et même dans ce cas il faudra réunir d'autres critères pour que l'on puisse parler de dysgraphie.


Concrètement, comment puis-je savoir si mon enfant écrit trop lentement?
Pour faire ce type de test, il faut se rendre chez un professionnel.


Maintenant, voici quelques indices qui peuvent vous guider afin de savoir si vous devez vous inquiéter de sa vitesse d'écriture cursive :
-il est toujours le dernier à finir
-il est toujours le premier mais son écriture est illisible
-il passe ses récrés à finir de copier ses leçons
-ses cours sont incomplets
-il n'a pas le temps de finir ses évaluations alors qu'il affirme connaitre les réponses
-quand vous demandez ce qu'il vient d'écrire vous obtenez une réponse du type" je ne sais pas, j'étais en train d'écrire, j'ai pas encore lu "

Si vous pensez être dans un de ces cas, commencez par en parler aux enseignants. Ils ont l'expérience et peuvent comparer par rapport à leurs autres élèves. Si eux aussi pensent qu'il peut y avoir un souci, alors consultez.


Pour aller plus loin :



Bibliographie :
  • Albaret J.M. Kaiser, M.L., Soppelsa,R. (2013): Troubles de l'écriture chez l'enfant : De boeck solal edition


Un police d'écriture cursive pour les enseignants : analyse critique

Cet été, le ministère de l’éducation nationale a mis à disposition des enseignants deux modèles de polices de caractères spécialement dessinées pour l’enseignement de l’écriture cursive. Vous trouverez ces modèles sur le site eduscol.
écriture cursive

A première vue ,cette initiative est la bienvenue. J'ai toujours observé dans mes échanges avec les enseignants du primaire qu'ils sont nombreux à se plaindre de l'absence de directives claires sur l'enseignement de l'écriture cursive, sans parler même de formation. Chaque fois que je fais une conférence, il y a des enseignants dans la salle : aucun ne lève le doigt quand je demande s'ils ont eu une formation dédiée à l'enseignement de l'écriture cursive.

Donc a défaut d'instructions, un modèle de police de caractère pour l'écriture cursive semble une bonne idée. Hélas, il faut avouer que ce modèle présente quelques défaut. Suite à nos échanges, une de mes collègues a publié une analyse (assez critique) de ces problèmes sur son site : écriture-paris

De mon point de vue, le fait d'avoir confié le travail de création de ce modèle d'écriture cursive à des typographes est la source de bien des erreurs : la contrainte de créer une police de caractère (où chaque lettre doit avoir exactement la même forme quelle que soit la lettre précédente et la lettre suivante) est difficilement compatible avec la fluidité nécessaire pour le geste d'écriture. Dans ce modèle d'écriture cursive la lettre commence à mi-interligne, la boucle du e est "cassée" (apraxique dans notre jargon), les formes des lettres m, n, v, w, y, s'éloignent des modèles habituels, la réglure est différentes du seyes. Autant de raisons qui rendent ce modèle d'écriture cursive difficile à suivre pour les élèves, voire pénalisant pour mettre en place l'automatisation du geste d'écriture. Dommage.

Un modèle à prendre avec beaucoup de recul, donc. Comme ma collègue, je ne saurais recommander aux enseignants d’utiliser cette police de caractères comme modèle d’écriture.

Le trait d'attaque devant les lettres rondes...

Pour avoir une écriture cursive fluide, il est essentiel que le geste d'écriture soit aussi simple que possible. Voici un petit cours vidéo pour expliquer pourquoi on ne met pas de trait d'attaque devant les lettres cursives rondes c o a d q et g.

Pour ceux qui n'auraient pas le temps de visionner l'intégralité de ce cette vidéo, en voici le résumé :

Le geste optimal pour le tracé des lettres rondes commence à droite et tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre (comme les boucles).

Un trait d'attaque ajoute une difficulté à l'écriture de la lettre
Ce trait supplémentaire ralentit l’écriture.
Par contre ce trait supplémentaire n'apporte pas plus de lisibilité.

 Si de plus ce trait d'attaque se fait sans lever le crayon, les conséquences ultérieures de ce type d'apprentissage de l'écriture au CP sont très fréquemment catastrophiques sur la lisibilité de l'écriture qui se déformera en accélérant dans les années suivantes. De nombreux cas d'écritures cataloguée comme dysgraphie ne sont en fait que le résultat d'un défaut d'apprentissage de ce geste.

En clair, en écriture cursive française, on ne met pas de trait d'attaque aux lettres rondes, qui commencent toutes à droite, et se terminent aussi à droite.

Les explications se trouvent dans la vidéo.



Chouette entraînement écriture, une méthode passée à la loupe

La méthode chouette entraînement écriture CP passée à la loupe.



Parmi les méthodes pour entraîner son enfant à l'écriture cursive à la maison, on trouve en bonne place sur les rayonnages la méthode "chouette entraînement : écriture, 6-7 ans"
Je ne connaissais pas l'ouvrage, et ai décidé d'y jeter un œil.




Le début du cahier d'écriture : des incohérences
L'ouvrage commence, en toute première page, par une petite explication sur comment tenir le crayon. " trois doigts tiennent le crayon" disent-ils.
C'est extrêmement insuffisant. On ne tient pas son crayon avec n'importe quels doigts, et ceux-ci ont un rôle bien précis. Ce cahier d'écriture cursive étant destiné à être utilisé à la maison avec l'aide d'un parent, il serait vivement souhaitable que la tenue de crayon et la position soient clairement expliqués pour que l'adulte puisse aider efficacement l'enfant.
La page suivante est une présentation. Elle est rédigée à la deuxième personne, alors qu'à cet âge peu d'enfants sont capables de la lire. Croyez-vous vraiment que ça intéresse l'enfant en CP de savoir " ...tu découvriras les lettres selon une progression qui tient compte des différents gestes nécessaires à leur tracé... "? J'en doute.
Par contre, En dessous, il y a 3 zones qui donnent de très bons conseils sur la position, la préparation à l'écriture, et quels crayons utiliser.
Mais pourquoi ont-ils été écrire cela dans une police de caractère de taille inférieure au reste du texte? C'est le plus important de la page, et c'est écrit trop petit pour un jeune lecteur, élève de primaire. Dommage.

Le sommaire
L' ordre dans lequel l'écriture des lettres est abordée me laisse perplexe : i, u, t sont bien des lettres construites sur un geste commun. Mais pourquoi enseignent-ils ensuite le n et le m qui nécessitent des gestes différents, et qui plus est difficiles? L'enseignement du e, dont le geste est à la base de toute notre écriture cursive, n'apparaît qu'en septième position, après le p. Ce choix de l'enseignement de l'ordre des lettres est de mon point de vue peu cohérent.

Double page suivante, on commence les choses sérieuses. Page de gauche, j'apprends, page de droite, je m'entraîne. Le cahier est clair, les tons sont agréables, la progression est bien annoncée par des exercices ordonnés de 1 à 10.

Lettres i et u
En haut à gauche se trouve un encadré jaune avec toutes les explications pour apprendre à tracer les lettres. Malheureusement, ces explications sont inadaptées à la production d'une écriture cursive fluide.
On commence par : "les lettres i et u se tracent en deux fois"
En fait, pour un geste d'écriture cursive optimal, les lettres i et u se tracent en un seul geste.

Posez vous la question : faites vous "une attache droite haute" pour commencer votre i, avant de faire " un trait vertical terminé par un arrondi " ? Quand on dessine, peut être, mais quand on écrit, certainement pas. Quand on écrit, ces lettres sont tracées en un seul geste, continu. Ce sont justement les arrêts du mouvement et les levées du stylo qui génèrent des problèmes d'écriture.

"deux traits verticaux arrondis, c'est la lettre u" Je ne suis toujours pas d'accord. Le u se fait en seul geste. Or, ils apprennent aux enfants à arrêter leur geste systématiquement, qui plus est au milieu des deux lignes, dans l'exercice 4.


Les enfants apprennent ici à dessiner des lettres, mais selon moi pas a écrire des lettres. Il leur faudra tout seul comprendre qu'on n'arrête pas son crayon systématiquement " au milieu des deux lignes d'écriture " Pourquoi ne pas leur apprendre directement le bon geste de l'écriture cursive dès le début?


la lettre t

Page suivante, l'écriture de la lettre t.
Là, on induit réellement un geste inadapté à l'écriture cursive : l'attache droite haute qui commence selon eux le t doit commencer là ou finit l'arrondi final du t, lignes pointillées à l'appui. C'est tout simplement ridicule! On ne peut pas imposer à l'enfant de suivre 6 lignes différentes qui n'existent pas toutes dans le lignage classique (Il y a 6 niveaux différents prescrit dans le dessin de cette lettre t.
Le comble étant, que ligne suivante (exercice 4), on demande à l'enfant d'observer... qu'il faut finir le t sur la ligne du haut! Avouez qu'il y a de quoi y perdre son latin.

En fait, le problème vient du fait que tous ces modèles d'écriture de lettres sont tirés d'une police de caractère informatique qui imite l'écriture cursive, mais a pour contrainte que les lettres doivent toutes commencer et finir à une hauteur permettant de les relier en toute circonstances.

Je ne vais pas m'attarder sur les autres lettres, mais malheureusement aucune n'est expliquée de façon satisfaisante.

En résumé, en tant que rééducatrice, je déconseille fortement ce cahier d'écriture.

Les enfants qui apprennent à écrire à partir de cet outil ont beaucoup de mérite s'ils arrivent ensuite à écrire vite en bien. On y enseigne selon moi le dessin de lettres, mais pas l'écriture des lettres. Les enfants appliqués pourront avoir une jolie petite écriture, mais ils auront des difficultés à écrire vite du fait des nombreux arrêts inutiles qui leur auront été inculqués. Il est également probable qu'ils aient du mal à se débarrasser de l'habitude de penser "je descend le dos bien droit et je tourne en arrivant sur la ligne" qui est nuisible à la bonne conceptualisation du mot dans sa globalité.


Exercices d'écriture : l'évolution de l'enseignement

Exercices d'écriture au CP et en maternelle

l'évolution du XIXème au XXIème siècle

exercice d'écriture cursiveUne étude sur l'évolution des programmes scolaires français sur l'enseignement de l'écriture permet de remettre en perspective les problèmes de dysgraphie observés aujourd'hui.

Lire, écrire, compter sont depuis longtemps les cibles prioritaires de l'éducation. Déjà, la loi du 15 mars 1850 intégrait l'écriture aux matières obligatoires de l’enseignement primaire. L’arrêté du 31 décembre 1867 en faisait d'ailleurs une épreuve d’admission dans les écoles normales dont elle devient, par le décret du 22 janvier 1881, une partie du programme. A l'époque, le programme des écoles normales de 1850 lui accorde même beaucoup de place puisqu’il comporte l’étude de genres d’écriture qui ne sont pas évalués à l’examen final.

Même « l’enseignement donné dans les salles d’asile publiques ou libres comprend les premiers principes de l’écriture » (Décr. 21 mars 1855, art. 2)1.

Au début du XXème siècle, le programme de l’école maternelle comporte les premiers éléments de l’écriture pour la section des grands et précise clairement les exercices: « Premiers exercices d’écriture. Premiers exercices de lecture et, le plus vite possible, copie quotidienne d’une des phrases de la leçon de lecture, écrite au tableau noir » (instructions du 16 mars 1908)2.

Les instructions de 1938 continuent à préciser que « tous les soins devront être donnés à l’écriture cursive »3.

C'est à partir de 1956 que les premières ré-orientations des programmes commencent à diminuer la place donnée à l'enseignement de l'écriture : Lorsque cette année-là un arrêté supprime l’horaire d’écriture au cours moyen, des inspecteurs réagissent : « Reste l’écriture cursive dont on regrettera peut-être la disparition à l’horaire du cours moyen. Mais il est possible de rectifier et de perfectionner la calligraphie des enfants pendant l’horaire consacré aux devoirs [...] Il est conseillé de réserver, à l’intérieur des 5 heures de devoirs, trente minutes par semaine à des exercices d’écriture méthodique. »  4.

La circulaire du 3 septembre 1965 souligne : « en plus des qualités générales que l’attention accordée à l’écriture et à la bonne tenue des cahiers peut développer chez les enfants, des expériences récentes ont apporté la preuve que l’acquisition d’une bonne orthographe dépend au moins partiellement du soin avec lequel les devoirs sont écrits chaque jour » 5.

Les premières contradictions flagrantes entre l'apprentissage du geste d'écriture et son usage immédiat dans d'autres apprentissages transparaissent dans la circulaire du 4 décembre 1972. Elle affirme que «
si les occasions d’écrire ne sont saisies qu’à l’occasion d’exercices appelant l’attention sur d’autres soins que celui de l’écriture cursive -travaux d’expression écrite, d’orthographe, etc. - on ne s’attendra pas à des chefs-d’œuvre de graphisme. Or, il est nécessaire que l’écriture cursive devienne aisée, régulière et bien lisible »  6.

Exercices d'écriture ou exercices utilisant l'écriture?

L'enseignant se retrouvera dès les années 70  désarmé devant cette double contrainte.


La circulaire du 2 août 1977 précise qu’en maternelle, l’apprentissage du "tracé " de signes arbitraires peut, malgré tout, être abordé, au moins en section des grands » 7. La même circulaire demande que l’instituteur « fasse appel, chez l’enfant, au besoin de correspondre avec une personne absente et veille à ne proposer que des graphismes recouvrant des significations » 8. Alors qu’il y avait, dans les textes précédents, certes bien anciens, une incitation à faire écrire les enfants, à leur donner les premiers éléments d’apprentissage de l’écriture cursive, ces textes des années 70 donnent l’impression d’inviter les enseignants à exclure totalement l’écriture de l’école maternelle. Les textes parlent surtout d'une attention aux capacités de l’enfant, afin que l’enseignant lui permette une copie s’il en est capable. Mais dans la réalité, pour beaucoup d'enfants l'apprentissage des gestes fondamentaux de l'écriture cursive va être reporté jusqu'aux classes où on attendra de lui de pouvoir utiliser cet outil avec aisance dans d'autres exercices. A la maternelle, avant le CP, on se limitera en pratique à faire du graphisme, et non plus de la préparation au geste d'écriture.


L’arrêté du 10 juillet 1980 prescrit « des exercices méthodiques d’écriture »9 pour le cours moyen. Mais les programmes précis avec répartitions des exercices d'écriture cursive n’existent plus à cette date pour aucun des niveaux de l’école élémentaire, et surtout manquent au CP.

L’arrêté du 23 avril 1985 continue à indiquer l’importance de l’écriture : «  discipline de la main et du corps, support de tous les enseignements, l’écriture cursive est l’objet d’une attention constante de la part du maître : elle exige l’exactitude du tracé, le respect des règles, la qualité de la présentation »10.  Mais le contenu exact de l'apprentissage de ce geste d'écriture est bien absent du programme.

La loi d’orientation de 1989 a institué trois cycles pour l’école primaire : le cycle des apprentissages premiers, qui concerne la maternelle, le cycle des apprentissages fondamentaux, qui correspond à la grande section de maternelle et aux CP, CE1, le cycle des approfondissements qui remplace ou recouvre les CE2 et CM.  Les compétences, dont la liste a été établie en 1991, et les programmes de 1995, ont donc été pensés de façon à ce qu’il y ait une continuité sur toute la durée de l’école primaire (maternelle et élémentaire). L’écriture cursive y est considérée comme importante pour chacun des trois cycles. Des compétences sont à développer dans ce domaine tout au long de la scolarité primaire. Les programmes sont plus développés au cycle des apprentissages premiers ; les exercices d'écriture cursive doivent toujours y être « fonctionnels et inscrits dans des activités signifiantes »11. Ils se réduisent au CP et, au cycle des approfondissements, le verbe apprendre n’est plus utilisé. Les programmes continuent donc à porter attention à l’écriture tout au long de la scolarité primaire, mais sans donner aux enseignants un moment ou l'exercice d'écriture sera mené pour lui-même.

De toute évidence, l’apprentissage de l’écriture a toujours eu une importance du point de vue des programmes scolaires. Cet apprentissage commence à la fin de l’école maternelle pour se poursuivre durant toute la scolarité primaire.  Mais, les programmes et instructions n’en ont pas moins beaucoup évolué, reportant de plus en plus le problème de l'apprentissage du geste d'écriture cursive vers des classes ou il entre en concurrence avec d'autres apprentissages (orthographe, grammaire, expression écrite)



Pour aller plus loin :


La thèse  d'Yves Le Roux, 2002 - Université Lumière Lyon 2 passe au crible l'évolution de la pédagogie de l'écriture et son impact sur l'éducation psychomotrice.