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La plus ancienne trace écrite du monde?

Quel rapport entre l'appétit d'une très ancienne tribu de Java pour les moules de rivage et l'étude du geste d'écriture ? A priori aucun. Mais les voies de la science sont parfois surprenantes. Ecoutez plutôt.

 En 1891 à Trinil au bord du fleuve Solo  en Java oriental, le médecin et anatomiste néerlandais Eugène Dubois, découvre des fossiles d'hominidés qu'il baptise Pithecanthropus erectus. Rapidement connu sous le nom d'hommes de Java, ces lointains cousins de notre espèce vivaient il y a 500 000 ans.

500 000 ans c'est aussi l'age de fossiles divers qui sont découverts cette même année par Dubois dans les mêmes strates géologiques, dont de nombreuses coquilles de moules.

125 ans passeront. Les fossiles de l'homme de java, comme les fossiles des modestes moules poursuivent durant tout le 20ieme siecle leur voyage à travers le temps, à l'abri des collections des musées. 

Arrive Jacqueline Joordens et son équipe, qui décide de re-étudier ces fossiles anciens.
Première découverte : les moules ne sont pas juste contemporaines de l'homme de java : elles ont été consommées par nos lointain cousins. L'étude scientifique ne permet malheureusement pas d'imaginer quelle était la recette favorite de nos lointains cousins pour assaisonner ces mollusques, mais elle révèle un autre usage inattendu des coquilles. Et c'est avec cette deuxième découverte que la paléontologie vient télescoper la science du geste d'écriture.

Sur une des coquilles est découverte une gravure.


Oh elle n'a pas l'air de grand chose, mais c'est  la plus ancienne trace écrite jamais identifiée au monde.

La découverte précédente de gravures humaines les plus anciennes datait d’environ 100 000 ans et pouvait être raisonnablement attribuée à des populations d'hommes modernes. 

Figure 2 from Joordens et al 2014Ici, c’est complètement différent. Le dessin, un zigzag tracé d’une main plutôt sûre, est tracé sur le coquillage encore un petit peu maculé de la terre où il se trouvait. Cette terre, datée par des méthodes isotopiques éprouvée remonte à des temps bien plus anciens, bien avant les plus anciennes gravures humaines connues : à peu près 500 000 ans. 

Or à cette époque, à Java, on ne connaît guère qu’un hominidé qui croise dans les parages. C’est l’homme de Java, le Pithécanthrope découvert par Dubois, celui qu’aujourd’hui les paléoanthropologues appellent Homo erectus. Il s’agit d’une très vaste famille que l'on retrouve de l’Afrique à l’Asie sur une période couvrant plus d’un million d’années de l’évolution humaine, période d’un accroissement du cerveau sans précédent et de l’utilisation des premiers outils en pierre.

Homo erectus  aurait ainsi déjà laissé sa trace dans le monde. Or penser ces lointain cousins capables d’utiliser des symboles ou simplement de laisser une trace écrite est loin d’aller de soi pour nombre de préhistoriens.


Reconstitution de la gravure et l'homme de Java - Minke van Voorthuizen
Reconstitution de la gravure et l'homme de Java - Minke van Voorthuizen

La mise au jour de ce dessin par l’homme de Java, est franchement révolutionnaire. Mais tout le monde n’est pas prêt à l’accepter. Il va donc falloir que la découverte soit inattaquable.

Or elle a un point faible. Comme nous l'avons dit la mise au jour de ce coquillage est ancienne. Elle date de la fin du XIXe siècle. Les fouilles à cette époque étaient de plus loin de remplir les mêmes critères de rigueur qu’aujourd’hui. En plus d’un siècle, il a pu se passer bien des choses. Et l'hypothèse d'un faux est bien sur évoquée.

Pour répondre à ces critiques, les auteurs se basent sur une analyse au microscope très précise. D’abord, quelque chose a doucement usé le coquillage après la gravure. Et ce quelque chose, c’est vraisemblablement la terre où il se trouvait. Ensuite, la gravure en elle-même n’est pas fraîche.

Enfin, il manque certaines portions du zigzag, alors que son auteur, adepte d'un tracé cursif, l’a visiblement tracé d’une traite, sans lever son outil.

Celà ne s’explique que si le coquillage était frais au moment de la gravure. Car alors, il est recouvert d’une couche brune qui colore le dessus des coquillages (appelée périostracum). Celle-ci finit par disparaître après la mort de l’animal. Au cours du tracé de sa gravure, le scripteur a appuyé plus ou moins fort. Parfois, il a traversé complètement le périostracum, gravant les couches plus profondes du coquillage, parfois non. Une fois le périostracum disparu, seuls sont restées les portions de traits les plus fortes.

Un trait dans le périostracum était en blanc sur fond brun et devait se voir particulièrement. Bien sur je ne suis pas qualifiée pour parler ici d'écriture, ni pour interpréter le contenu symbolique de ce qui n'est peut être qu'un gribouilli occupationel qu'homo erectus pourrait avoir fait comme nous gribouillons en écoutant une conversation téléphonique.

Mais le geste, celui-là je le connais. À travers la grande aventure de l'évolution humaine, nous partageons visiblement avec Homo erectus les mêmes automatismes gestuels et les mêmes critères de pour laisser une trace écrite.  Régularité, gestion de la pression sur l'outil scripteur, les contraintes ont l'air d'être les mêmes depuis près d'un demi-million d'années.

D'autres préhistoriens argueront qu'à cette époque, un hominidé qui sait fabriquer des bifaces et faire du feu, est bien capable de tels comportements. Que des comportements à caractère symbolique avaient été notés ça et là pour des époques aussi anciennes. Reste que si la découverte est confirmée, ce sera effectivement une première.

Je ne sais pas s'il est possible de penser que ces gravures aussi anciennes aient eu un sens pour leur auteur. J'aimerais pouvoir l'imaginer. Mais c'est sans doute là que la science s’arrête. La signification de cet artefact est quelque chose que les archéologues ne pourront sans doute jamais atteindre, malgré tous leurs outils. Les isotopes et les microscopes resteront muets pour savoir si ce que nous voyons transmettait un message, ou une idée. Aucun moyen de savoir si nous regardons là un prototype d'écrit.

Ce que nous pouvons dire, c'est que ces objets comportent des informations sur les capacités de leurs auteurs. Les quelques objets marqués non périssables qui sont parvenus jusqu'à nous, nous parlent de la culture de ceux qui ont vécu avant nous. S'ils décoraient, s'ils laissaient leur trace dans l'os, la pierre ou ces modestes coquilles, ils  décoraient certainement aussi d'autres objets périssables : leurs vêtements, leurs outils en bois, peut-être les lieux où ils résidaient. Mais surtout, ils avaient déjà les capacités neuronales et motrices pour maitriser le geste graphique.

Ils ont vécu pour la première fois dans un monde où ils pouvaient laisser leur trace.

references :
Joordens, J. C. A., d’Errico, F., et al. (2014). Homo erectus at Trinil in Java used shells for tool production and engraving. Nature (in press). doi:10.1038/nature13962



Bednarik, R. G. (1995). Concept-mediated marking in the Lower Palaeolithic. Current Anthropology, 605-634.

Henshilwood, C. S., d'Errico, F., & Watts, I. (2009). Engraved ochres from the middle stone age levels at Blombos Cave, South Africa. Journal of Human Evolution, 57(1), 27-47. doi:10.1016/j.jhevol.2009.01.005 

Les outils d'écriture à travers l'histoire


 Depuis 5500 ans, nous laissons des traces écrites. Du calame à la rotative voici un petit résumé historique des outils d'écriture.

frise histoire écriture

En parallèle de l'écriture officielle, gravée sur pierre ou imprimée, une écriture cursive manuelle utilisée pour inscrire une trace fluide, rapide et personnalisée a toujours existé.On trouve une écriture cursive dés l'époque égyptienne antique, ou les hiéroglyphes, ont été progressivement été simplifiés en éccriture démotique. De même à coté des lettres capitales de l'alphabet latin, destinées à l'écriture monumentale, les romains utilisaient une écriture cursive romaine dont est dérivé (à travers de nombreuses modifications) notre cursive scolaire moderne.

cursive romaine
écriture cursive romaine


Pour compléter cet historique :
Pour aller plus loin :

Pour la classe, ma collègue Celia a transformé cette frise en un jeu pédagogique téléchargeable

Chroniques de l'écriture cursive : la plume d'oie et la renaissance

Écriture cursive et imprimerie


plomb imprimerie écriture

En 1455 parait à Mayence  la bible à 42 lignes de Gutemberg. L'invention de l'imprimerie résultait d'une forte demande d'ouvrages liés à une soif de connaissance nouvelles. L'apparition du caractère mobile en plomb et le développement du papier vont initier une révolution des écrits.

Comme à notre époque avec l'informatique, l'introduction de l'imprimerie comme nouveau moyen de produire des textes sembla sonner le glas de l'écriture manuscrite. En fait, il n'en fut rien, et au contraire la diffusion du savoir lié à l'imprimerie s'accompagna d'une augmentation générale de l'éducation, et donc de la production d'écrits manuscrits.

La renaissance qui s'annonce change d'ailleurs fondamentalement le rapport au texte écrit. Désormais le copiste n'est plus un anonyme : c'est un artiste professionnel, qui signe ces œuvres.

Les calligraphies cursives exceptionnelles de cette époque, l'humanistique, la chancellerie, vont servir de modèle aux caractères de l'imprimerie naissante.

Traités d'écriture cursive et de taille des plumes


C'est aussi l'époque des premiers traités d'écriture, pédagogiques et techniques, qui décrivent la forme de l'écriture, comme la taille de la plume. Le plus connu,  publié en Italie en 1540 Le libro Nuevo d'imparare a scrivere de Palatino laissera son nom à une typographie.

Du coté des Flandres, on n'est pas en reste et les maitres d'écriture publient également leurs conseils : tenue de la plume, position du corps : la méthode de "Van de Velde" insiste déjà sur la précision du geste d'écriture. Nos écritures cursives scolaires d'aujourd'hui commencent à prendre forme.

Dame écrivant une lettre et sa servante 1675 Vermeer
Vermeer - Dame écrivant une lettre et sa servante (1671)


Mais pendant que l'imprimerie avançait à grand pas, le problème de l’apprêt des plumes restait sans solution pratique. Comment faire pour débarrasser le tuyau de la plume d'oie des matières grasses qui empêchent l'encre de s'y fixer? 

Ce sont les hollandais qui, les premiers, découvrirent le procédé miracle qui allait révolutionner l'écriture pour les quatre siècles à venir, et qui prendra le nom de hollandage. Il consiste à passer les plumes à plusieurs reprises dans du sable et des cendres chaudes pour amener les matières grasses du tuyau à leur point de fusion, et les enlever en les grattant à l'aide d'un couteau spécial. Longtemps restée secrète cette technique requerrait une grande habileté, mais la surface ainsi polie pouvait être fendue plus facilement et la plume gagnait en longévité.

Le hollandage fait école dans toute l'Europe, avec des recettes locales diverses : flambage sur des charbons ardents, bains de potasse, étuvage à la vapeur font parties des astuces que l'on utilise à Hambourg, Vienne, ou Moscou. Même parfaitement apprétés, les plumes doivent néanmoins être encore laissées au repos pendant un an avant d'être taillées. De la qualité de cette dernière étape dépendaient la qulité du tracé de la plume.

De manière générale, chaque volatile ne fournissait que dix plumes. Chacune des rémiges avait sa spécificité et les droitiers appréciaient particulièrement les pennes de l'aile gauche dont la légère courbure se prêtait parfaitement à la main. Groupées par type et par taille, ligaturées en bottes de 25 par un cordon dont le nombre de tour indiquait la qualité, les plumes d'oies sont expédiées par caisse ou par tonneaux vers des écrivains toujours plus nombreux. L'imprimerie n'a pas tuée l'écriture cursive, mais au contraire l'a stimulée par la démocratisation naissante de l’accès au texte écrit.

Le commerce des plumes taillées continuera à prendre de l'ampleur, les "entreprises plumassières" européennes brasseront ainsi annuellement des centaines de tonnes de plumes chaque année jusqu'à la fin du 19ième siècle.




Références bibliographiques

Henri Altaribo : La manufacture de plumes d'oie à écrire de Fleurance au siècle dernier, 1997, p.509
Eric Le collen : Objets d'écriture  p21-23

La grande invention de l'écriture


Les trois livres de La grande invention de l'écriture (1958) de Marcel Cohen sont considérés comme une référence majeure pour les spécialistes actuels de l'écriture. Cet ouvrage est le reflet  des compétences ce savant exceptionnel : ses connaissances de linguiste comparatiste spécialisée dans les langues sémitiques, son expérience en tant que chercheur  ethnographe de terrain, et ses qualités de rédacteur. Qui plus est Marcel Cohen a pris très au sérieux le rôle de la documentation et de l'iconographie dans le domaine de l' écritureCe n'est donc pas seulement un ouvrage utile au chercheur, mais aussi un beau livre.

"La Grande invention de l'écriture" se présente comme une somme encyclopédique de l'histoire de l'écriture, des premiers systèmes idéographiques aux alphabets actuels. La très riche documentation, en particulier les très belles tables du 3ieme tome (malheureusement non re-éditées dans l'édition de 2005), nous ramènent à une autre époque ou l'outil de travail du linguiste et de l'historien ne se résumaient pas à la froideur figée de l'écran. Les typographes de l’imprimerie nationale ont donné dans cet ouvrage toute la mesure de leur savoir faire.

Marcel Cohen nous entraine dans les prémices de l'écriture à travers le monde : pictographie et écrits picto-idéographiques, écriture idéophonographiques et notation numérique en Chine du 3ieme millénaire avant JC, écriture phonographique consonantique en Egypte ancienne du IVeme millénaire, notation numériques en mésopotamie, écritures hiéroglyphiques et syllabiques du bassin oriental de la méditerrannée antique, alphabet consonantique de syrie-palestine au milieu du second millénaire avant notre ère : tout les prémices des systèmes actuels d'écriture sont passé en revue systématiquement dans les chapitres III à IX. La deuxième partie décrit les évolutions du système alphabétique une fois constitué : comment l'alphabet s'est appliqué aux différentes langues et quel en fut au cours des temps  les divers manière de le tracer : écritures cursives ou typographiques.

écriture systèmes carte
Les systèmes d'écritures dans le monde (illustration wikimédia)


Suit un album de plus de 100 planches illustrant tout les systèmes d'écritures actuellement référencés.

L'ouvrage reste bien entendu daté (1958!), et  son étendue encyclopédique est telle qu'il ne peut donner qu'un aperçu de chaque système d'écriture. Le linguiste spécialiste d'un système d'écriture particulier n'y trouvera donc pas nécessairement tout les détails sur sa spécialité (et ce n'était sans doute pas l'intention de l'auteur). Mais l'étude systématique et comparée de tout les modes d'écriture existants est  le travail de toute une vie, qui n'a pas à notre connaissance été ré-itéré depuis.

La carrière scientifique de Marcel Cohen explique comment l'étude de la langue écrite a émergée comme un domaine de recherche multidisciplinaire. En raison de sa contribution à la diffusion de l'histoire de l'écriture, et parce qu'il a donné une vision claire des enjeux politiques et sociaux de la diffusion de l'écriture (L'auteur s'est longtemps engagé dans les campagnes d'alphabétisation) l'œuvre de Marcel Cohen est restée une référence.



Marcel COHEN. La grande invention de l'écriture et son évolution. Paris, Imprimerie nationale et Librairie Klincksieck, 1958

pour aller plus loin :

Chronique de l'écriture cursive : l'écriture cursive scolaire au XXieme siècle

  Écritures cursives scolaires en France au XXe siècle

Au XXième Siècle, avec l'instruction généralisée, la définition des styles d'écriture quitte le domaine de l'académisme pour devenir l'affaire des enseignants, c'est-à-dire de leurs autorités de tutelle. Les Instructions de 1945 pour l'école primaire française prévoient l'apprentissage de l'écriture cursive, l'anglaise, et d'une écriture script (dite parfois technique). En fin d'études primaires, les élèves qui n'entrent pas en sixième au lycée doivent aussi apprendre la ronde.



L'écriture cursive ronde


rondes
plumes de ronde
L'écriture ronde s'exécute avec des plumes spéciales dont l'extrémité des becs présente une largeur variable. Pour écrire convenablement la ronde, on doit systématiquement effectuer les traits en descendant. Ainsi l'exécution d'un o nécessite deux traits. L’exécution de la lettre u nécessite de lever la plume entre les deux traits.  Bien que toutes les lettres soient attachées, cette écriture de calligraphie ne permet pas un geste rapide. Très en vogue dans la première moitié du XXième siècle son usage va disparaitre en même temps que celui des plumes.



alphabet écriture cursive ronde






écriture cursive anglaise

L'écriture cursive, appelée anglaise en France et round hand outre-Manche, est une écriture liée. Elle est issue des écritures bâtardes de la Renaissance italienne revues par les maîtres calligraphes – en France, aux Pays-Bas et en Angleterre (notamment George Bickham [1684-1758] dans son ouvrage The Universal Penman). Cette écriture se propage dès la première moitié du XIXe siècle en France en liaison avec les échanges commerciaux.

L'anglaise est réalisée normalement penchée, avec une plume fine, dont les marques les plus répandues en France ont été la Sergent-Major et la Gauloise.

écriture cursive française

Voici comment elle est présentée sous le nom précis d' "anglaise expédiée ou cursive" dans le Cours de calligraphie  M. Gorce (1926). Cette description de l'écriture cursive est extrêmement normative et n'est pas à rendre au pied de la lettre mais est un bon référentiel historique:
"Ce genre d'écriture est penché et sa pente est déterminée par la diagonale d'un rectangle dont la base est des 4/5 de sa hauteur. […] Les lettres de l'écriture cursive ont une largeur d'un corps, c'est-à-dire que pour les lettres droites, comme n par exemple, l'espace entre les jambages est égal à leur hauteur et pour les lettres rondes (o), l'ovale est inscrit dans un carré ayant comme côté la hauteur du corps d'écriture. / Cette règle s'applique à toutes les minuscules sauf m, w et x dont la largeur est de 2 corps, et r qui n'a que 1/2 corps de largeur. / La hauteur des lettres majuscules est de 3 corps 1/2 ; la forme des courbes dont elles sont composées se rapproche d'un ovale dont la hauteur est le double de la largeur. (...) L'espace entre 2 lettres droites est de 1 corps, entre 2 lettres rondes de 3/4 de corps et entre 2 mots de 3 corps."

C'est cette écriture cursive anglaise qui est à l'origine de notre écriture cursive scolaire française actuelle, avec laquelle tant de mes patients sont fâchés.

écriture script

L'écriture dite "script" se distingue de l'écriture cursive par le fait que toutes les lettres sont détachées les unes des autres. Elle correspond approximativement aux polices de caractères actuelles sans empattements. Après avoir été proposée dans l'enseignement français dans les années 50 parce qu' elle est "adaptée à la plume du stylo et à la petite bille d'acier qui tracent les signes de l'écriture sans pleins ni déliés" (Echard & Auxemery 1949), son apprentissage est progressivement abandonné en France au profit de l'écriture cursive.

Au Quebec, les enseignements des deux styles d'écriture, cursive et script perdurent, avec comme justification que l'enseignement de l'écriture scripte favoriserait les capacités de lecture. Dans la pratique de nombreuses études montrent qu'il n'en est rien.


retour à :

l'écriture cursive romaine
l'écriture cursive au moyen âge
l'écriture à la renaissance : imprimerie et plume d'oie 
l'écriture cursive au temps des encyclopédistes

pour aller plus loin :

écriture cursive, écriture scripte, quels avantages?



Références bibliographiques
Cours de calligraphie. Professeur : M. Gorce. 16e édition. Paris : Ecole spéciale des travaux publics, 1926.
Echard, R. & Auxemery, F., 1949. Méthode moderne d'écriture. Anglaise, script. Paris : Magnard.
Mediavilla, Claude, 1993. Calligraphie. Du signe calligraphié à la peinture abstraite. Paris : Imprimerie nationale.
Mediavilla, Claude, 2006. Histoire de la calligraphie française. Paris : Albin Michel.

remerciement à j.poitou pour son travail documentaire : http://j.poitou.free.fr/pro/html/ltn/manus-a.html

Chroniques de l'écriture cursive : les manuscrits du moyen âge


écriture manuscrite au moyen-âgeContinuons notre recherche de la genèse de l'écriture cursive scolaire. Au moyenge, l'alphabet latin utilisé dans toute la chrétienté subit de nombreuses évolutions par rapport à l'usage qu'en faisait les romains.

 Une nouvelle écriture cursive

L'écriture cursive romaine évolue à partir des IIIe et IVe siècles : écriture rapide, avec une tendance à la liaison entre les lettres, avec des jambages inférieurs et supérieurs. C'est l'ancêtre des écritures cursives variées qui se développeront dans les siècles suivants et aboutiront, au VIIIe siècle, à la minuscule caroline.
manuscritsaint avit écriture cursive 4ième siècle
Saint-Avit, évêque de Vienne, VIe siècle. Paris, BnF. Source : Steffens 1910 : pl. 27.
L'onciale 

L'onciale dérive des lettres capitales romaines utilisées dans l'écriture monumentale. Elle se distingue des capitales antérieures (quadrata, rustica) entre autres par l'inégale hauteur des lettres, avec l'apparition de jambages inférieurs et supérieurs que nous conserverons pour les lettres d p q. Elle commence à être utilisée au IIIe ou IVe siècle et perdure jusqu'au IXe siècle.
onciale cursive
Codex Victor. VIe siècle. Fulda, Landesbibliothek. Source : Steffens 1910 : pl. 21

La minuscule caroline

La minuscule caroline a été conçue à l'époque de Charlemagne, dans le cadre du renouveau de la vie intellectuelle impulsé par l'empereur. Elle est issue de modifications des écritures cursives antérieures. Elle se caractérise par le fait que les lettres sont détachées les unes des autres et par la régularité de leurs formes. Elle a été utilisée d'abord dans le Palatinat (région d'Aix-la-Chapelle), mais elle s'est rapidement répandue ensuite dans d'autres régions de l'empire de Charlemagne.
C'est la minuscule caroline qui constituera, quelques siècles plus tard, avec les capitales monumentales, la base de l'écriture humanistique adoptée dans la majeure partie de l'Europe pour les textes imprimés.
minuscule cursive caroline
Bible d'Alcvin, Zürich, Kantonsbibliothek, vers 800. Source : Steffens 1910 : pl. 47.
 Les caractères de notre écriture cursive française vont commencer à se structurer à partir de cette période.  

Vers la fin du XIième siècle, l'écriture minuscule caroline se transforme d'une manière sensible : les lettres devinrent généralement plus droites et plus serrées, et prirent, dans les diplômes principalement, des traits allongés et sinueux. Dans cette seconde période, elle prend le nom de minuscule capétienne. Vers la fin du XIIe siècle, elle s’altère, devient anguleuse, plus serrée, moins régulière. Elle ne fut presque plus en usage dans les actes de toute espèce après le commencement du XIIIe. Au XVIe siècle elle reparaît dans toute sa pureté sur ces beaux manuscrits italiens, qui ont servi de modèles à nos caractères typographiques.  

Ce sera la source ou les maîtres calligraphes viendront puiser.


épisode suivant : plume d'oie et imprimerie à la renaissance 
épisode précédent : la cursive romaine


Références bibliographiques

Higounet, Charles, 2003. L'écriture. 11e édition. Paris : PUF. Que sais-je p 653.
Steffens, Franz, 1910. Paléographie latine.  Paris
          Remerciements à J. Poitou pour son travail documentaire

Chroniques de l'écriture cursive : aux temps des encyclopédistes

Diderot écriture encyclopédie
Diderot écrivant


A dater de la fin du XVième siècle, la science scripturale, qui avait atteint des sommets d'académisme avec les manuscrits du moyen age, décline en France. Il n'y a plus de norme de référence pour l'écriture cursive. La confusion des styles va devenir telle au XVIIieme siècle, qu'il devient très difficile de déchiffrer les écritures de cette époque.

 

 

 

 

 

 

L'écriture cursive au temps des encyclopédistes 


L'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert distingue trois types d'écritures cursives, qui ont leurs racines dans les écritures italiennes cursives des XVe et XVIe siècles.
La bâtarde est une écriture à peu près droite; c'est la plus lisible de toutes. La coulée est une écriture liée, penchée vers la droite, et dont les déliés joignent les traits ou le corps de la lettre, en partant de bas en haut. L'anglaise, écriture manuscrite plus inclinée encore, a de l'élégance et de la légèreté.
écriture cursive encyclopédie
écriture cursive bâtarde
écriture cursive encyclopédie
écriture cursive coulée
écriture cursive encyclopédie
écriture cursive ronde

L'académie d'écriture

Au XVIIIe siècle, il a existé en France une Académie d'écriture, bientôt transformée en un Bureau académique d'écriture, puis en Société académique d'écriture. Son rôle était complémentaire de celui de l'Académie française, dans le domaine spécifique de l'écriture.

Voici ce qu'en dit le Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs (Hurtaut & Magny 1779 : 200-201) :
"L'Erection des Ecrivains-Jurés-Experts-Vérificateurs en Corps de Communauté, est du règne de Charles-IX. Un Faussaire, que la Justice avait fait punir en 1569, pour avoir contrefait la signature de ce Prince, donna lieu à cette Erection, sous la protection du Chancelier de l'Hôpital, qui leur obtint, l'année suivante, des Lettres-Patentes, qui les qualifient de Maîtres-Jurés-Ecrivains-Experts-Vérificateurs d'Ecritures contestées en Justice."
En 1727, Louis XV érige ladite Communauté en Académie, mais sa séance d'ouverture n'a lieu qu'en 1762. Cette Académie royale d'écriture est composée d'un directeur, d'un secrétaire, d'un chancelier, d'un garde des archives perpétuel et de quatre professeurs, assistés chacun d'un adjoint, qui professent l'écriture, le calcul, les vérifications et la grammaire.
En 1779, cette académie d'expert en écriture est transformée par lettres-patentes de Louis XVI en Bureau académique d'écriture. Et dans un plaidoyer adressé par le Bureau à l'Assemblée nationale en 1791, ses membres précisent l'intérêt de leur fonction :
"Indépendamment de la vérification des écritures dont il s'occupe de la perfection, cet institut est chargé de celle des caractères alphabétiques, dont la simplicité et l'uniformité sont nécessaires. Nul doute que s'il n'y a pas, sur cet art important, une société légale occupée de la conservation des caractères, qui, étant le point de ralliement, puisse conserver à la nation l'avantage qu'elle a en cela sur les autres, les mains légères, disposées à ajouter aux lettres des traits étrangers, conduiroient insensiblement à l'illisibilité des écritures, ainsi qu'il est déjà arrivé au commencement du dix-septième siècle." (Pétition à l'Assemblée nationale)

C'est notre spécificité bien française de développer des académies qui vont donc stabiliser les formes de l'écriture cursive française.


Episode précédent : l'écriture cursive au Moyen Age  
Episode suivant : l'écriture cursive scolaire au XXieme siècle


Chroniques de l'écriture cursive : la cursive romaine

Pour retrouver la trace de notre écriture cursive scolaire, nous allons retourner aux origine de notre alphabet latin.

A l'origine de nos lettres cursive : l'alphabet  latin

 

Dans ses plus anciennes formes, (VIIe s. avant notre ère), l'alphabet latin était constitué de 20 lettres :
 
old-latin

Cet alphabet est dérivé de l'alphabet grec occidental, probablement emprunté par l'intermédiaire de l'alphabet étrusque. Certaines de nos lettres actuelles G, J, U n'existent pas encore, et ne seront ajouté que plus tardivement à l'alphabet latin.


L'écriture cursive romaine


Comme dans tous les civilisation où l'instruction était répandue et la production d' écritures relativement commune, une forme cursive de cet alphabet s'est développée pour permettre la transcription rapide des écrits.

L'écriture cursive romaine se distingue en ce que les lettres sont liées ensemble; il est difficile de dire où une lettre finit, où une autre commence; d'ailleurs, dans leur union, les lettres se transforment. Aussi est-il impossible de se rendre un compte exact de cette écriture par l'alphabet qu'on en dresserait; la paléographie doit l'étudier dans son ensemble, sur les originaux.


cursiva
Contrat de vente sur papyrus, IIe siècle, extrait. Londres, British Museum. Source : Steffens 1910 : pl. 9.  
(remerciement à Jacques Poitou pour son site language écriture typographie )



Les Romains utilisaient plusieurs styles d’écritures : la capitale romaine, la quadrata, la rustica, la cursive. Cette dernière était utilisée comme écriture courante pour les lettres, factures, documents commerciaux ou administratifs, les œuvres politiques et littéraires. A l'époque les outils : stylet, pinceau, plume pointue sont utilisés sur des supports comme le papyrus, la cire, le bois. 

Inspiré par la capitale romaine le tracé plus rapide de la cursive entraîne naturellement la simplification des formes et une réduction du nombre de traits de chaque lettre. 

Evolution de l'écriture cursive romaine


Les outils utilisés ont peu à peu modifié l'écriture cursive des lettres. Les pleins et les déliés sont moins contrastés que ceux de la capitale. On voit apparaître des traits ascendants et descendants sur certaines lettres. Petit à petit, les lettres majuscules et minuscules cursives se différencient. L'écriture cursive « primitive », du Ier siècle avant J.-C. est encore toute en capitale tandis que l'écriture cursive dite « récente », datant du IVe siècle après J.-C. a évolué en minuscule. C’est une écriture complètement liée, c’est à dire que certaines lettres sont attachées entre elles naturellement, du fait de la rapidité du tracé.


On retrouve déjà les formes de graphie que nous connaissons aujourd'hui pour les lettres rondes : a, d

A l’origine des onciales

La variété des supports et des outils utilisés pour l’écriture de la cursive romaine, à travers les temps, ont contribué à son évolution et l’ont amené à devenir en différents pays, la matrice de nouveaux types de calligraphie : de l’onciale, la semi-onciale ancienne et récente jusqu’à la minuscule caroline.

Cette écriture cursive romaine va être à l'origine des transcriptions utilisées ultérieurement dans les manuscrits du moyen age. Nous sommes encore loin de notre  écriture cursive avec ses boucles sur lignages seyes, mais nous allons nous en approcher.


voir l'écriture cursive au temps des manuscrits du moyen âge


Historique de l'écriture cursive en France

 D'où viennent les formes de notre écriture cursive?


écriture cursive ancienne
Aujourd'hui en tant que rééducatrice de l'écriture, je me fais plaisir en vous proposant un petit résumé historique des formes d'écritures cursives utilisées en France. Il faut savoir qu'il y a bien des manières de retranscrire en écriture manuscrite notre alphabet latin.

Pour ce petit voyage dans le temps, nous allons revenir à l'origine de cet alphabet latin, et à l'écriture cursive romaine. Puis nous ferons un détour par l'écriture cursive au temps des manuscrits du moyen âge, avant de s’intéresser aux premiers académiciens qui ont fixé les formes de l'écriture cursive, du temps de l'encyclopédie. Enfin nous reverrons comment au 20ieme siècle, l'écriture cursive exigée à l'école a évolué avec l'innovation technique du stylo.

La visite commence ici


Ci-dessous la généalogie des écritures latines établie par Catich (1968)

écritures cursives romaine à caroline


voir aussi :