Bienvenue sur le blog de SOS-ÉCRITURE

écriture cursive dysgraphie  La rééducation de l'écriture est une spécialité méconnue dont le but est de traiter et corriger les troubles liés à l'écriture manuscrite : illisibilité, lenteur, douleurs, dysgraphie. Quel que soit l'âge, il est possible de restaurer son geste graphique et d'améliorer son écriture en quelques séances.

J'ai créé ce blog, car je suis rééducatrice de l'écriture. Vous trouverez ici tout ce qu'il faut savoir sur ma profession, ainsi que des conseils pour  vaincre une dysgraphie, (ou éviter de la provoquer). Ce site est un résumé au jour le jour des progrès de mes élèves et de l'évolution de nos connaissances. Je l'ai créé pour partager avec mes élèves, leurs enseignants, les parents ou les professionnels intéressés.

J'ai également un site web professionnel www.sos-ecriture.com ou vous pourrez prendre rendez vous pour une rééducation de l'écriture si vous le souhaitez.

Mon cabinet de rééducation est situé à Obernai, en  Alsace.

 Je travaille également en collaboration avec d'autres cabinets de rééducation en écriture un peu partout en France.

N'hésitez pas à fureter sur mon blog. Pour vous y retrouver, voici quelques thèmes abordés :

De l'importance de savoir s'exprimer par écrit...

Je reprends ici tel quel le texte d'une de mes amies de longue date, Frédérique Froesch, à méditer...

Frédérique est une personne cultivée, passionnée et passionnante.
Découvrez s'il vous plait au travers du texte suivant le niveau de son expression écrite, et de son orthographe.

Pourtant, Frédérique est au chômage.
Alors imaginez un peu une personne dans sa situation, mais n'arrivant pas à écrire de façon intelligible et sans faute ? Si elle, ne trouve pas de boulot, qu'en sera t-il de tous ces laissées pour compte de la grammaire, de l'orthographe et de l'écriture manuscrite?

C'est son petit coup de gueule, et je le partage



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La langue de chez nous.

"C'est une langue belle, avec des mots superbes, qui porte son histoire à travers ses accents".
Pour ceux qui ne le savent pas, c'est un extrait de la chanson d'Yves Duteil, qui chante, avec beaucoup de poésie, notre belle langue de France.
Le saviez-vous? Selon les dernières études, 10% de la population française serait soit totalement illettrée, ou bien aurait des problèmes avec la lecture et l'écriture. Soit, environ, 6 millions de personnes. C'est énorme et très inquiétant. De plus, l'école française a fait une dégringolade hallucinante au classement des écoles. Sans être bons derniers, nous n'en sommes pas loin.
En premier lieu, il convient de montrer du doigt notre gouvernement. Les économies budgétaires, c'est bien, encore faut-il qu'elles soient faites à bon escient. Fermer des écoles, supprimer des postes pour économiser des sous, c'est absurde. Avec des classes surchargées, et des enseignants sans cesse sous pression, comment voulez-vous que nos enfants puissent apprendre dans de bonnes conditions? 
Ensuite, l'éducation nationale. A force de réformes qui vont dans tous les sens, mais pas nécessairement le bon, faites par des énarques pour qui l'accès à l'enseignement n'a jamais été un souci, ça ne fait pas avancer le schmilblick. Sérieux, les gars, redescendez sur Terre et mettez vous d'accord. Et surtout, considérez l'intérêt des enfants tout comme celui des enseignants, ça nous changera.
Les parents aussi ont un rôle à jouer. Même si c'est difficile, le suivi des devoirs n'est pas une option. Moins de télé, moins d'Internet et de portable, plus d'activités visant à éveiller les gamins, ça aiderait je pense. Car l'école c'est un partenariat entre les enseignants, les enfants et les parents, chacun a son rôle à jouer et chaque rôle est important.
Lire, écrire, compter, ce sont les bases absolument indispensables pour avancer dans la vie. Et je suis horrifiée quand je vois à quel point le niveau s'approche du zéro absolu. Il y a, sur FB, des posts absolument incompréhensibles tellement l'orthographe, la grammaire, la syntaxe et la conjugaison sont malmenés. Sujet, verbe, complément ce n'est pas si compliqué. Si vous avez un doute, dictionnaire. Entendons-nous bien : il n'y a pas de honte à ne pas savoir ou à ne pas comprendre. En revanche, ne pas vouloir s'améliorer, vouloir rester inculte, là, c'est honteux. Et grave. Ne pas maîtriser cette base, c'est se mutiler soi-même, en quelque sorte. Ne pas savoir ni lire, ni écrire correctement, c'est se fermer l'accès à beaucoup de choses, à commencer par le travail. Même dans le boulot le plus "bas de gamme", il faut savoir comprendre et appliquer des consignes. Il faut aussi pouvoir être capable de comprendre les courriers administratifs. Se fermer à l'enseignement, c'est aussi risquer, par manque de recul et d'instruction, de se faire laver le cerveau, en clair se faire manipuler par des personnes qui auront avantage à vous faire croire tout et n'importe quoi, vous fanatiser par exemple. C'est aussi se couper de beaucoup de joies, refuser de s'ouvrir l'esprit. Et maîtriser cette base indispensable, c'est aussi avoir le contrôle de sa vie, c'est une richesse infinie.
Notre langue est belle, même si elle est complexe, croyez-moi, cela en vaut la peine. Notre langue a traversé les siècles, on la parle en France, mais aussi en Belgique, en Suisse, au Canada, dans une partie de l'Afrique, dans les DOM-TOM, etc...Elle s'est enrichie de tous ces apports, a évolué, même l'argot et le verlan ont acquis leurs lettres de noblesse, sans oublier les langues régionales qui, grâce à des passionnés (merci à eux) revivent et sont même enseignées à l'école, l'exemple le plus connu étant les écoles Diwan, en Bretagne.
Ne laissez pas se perdre cette richesse. Soyez fiers de notre langue, de la culture qu'elle véhicule, de la beauté de ses mots et de ses expressions imagées, de tout ce qui fait sa spécificité. Apprenez à rêver avec elle. Prenez vous du temps, tous les jours et lisez. Soyez curieux, ne laissez pas la télé ou le net vous dicter ce que vous devez croire, soyez critiques, cherchez vos propres sources, ouvrez votre esprit. Réapprenez à prendre du plaisir à lire, à écrire déjà rien que pour vous. Et, tout aussi important, transmettez ce savoir, afin que jamais il ne se perde, pour que nos enfants deviennent des adultes bien intégrés, capables de se débrouiller tous seuls, car ce sont eux qui, un jour, hériteront la charge de ce monde, et si nous voulons vraiment qu'ils fassent mieux que nous, alors notre devoir est de leur en donner les moyens.

Rééducation de l'écriture au collège et au lycée : ça marche aussi !

La rééducation de l'écriture est destinée à toute personne souffrant de son écriture. Elle a pour objectif d'améliorer la lisibilité, le soin, la vitesse ou encore la douleur liée à une mauvaise tenue de crayon.

Chez l'enfant de primaire, en cours d'apprentissage de l'écriture, il semble logique que la rééducation soit efficace. Mais qu'en est-il de la rééducation des adolescents et jeunes adultes ? Quand j'en discute autour de moi, l'idée qui prédomine est que cela serait trop tard. Parfois, c'est même dès le CE2 que l'on affirme qu'il n'est plus possible de changer les habitudes.

Et pourtant... Il n'est jamais trop tard pour restaurer son geste d'écriture et retrouver une écriture lisible, fluide et sans douleur. Que l'on soit en primaire, au collège, au lycée, dans les classes supérieures, ou encore dans la vie active, il est toujours possible de s'améliorer!
Pour en témoigner, voici une vidéo illustrant les progrès de collégiens et lycéens. 
PS : La plus longue des rééducations présentées ici a duré 5 mois et 12 jours.

La police de caractères idéale pour vos modèles d'écriture

Police de caractère Belle allure de Jean Boyault




Jean Boyault a créé une police d’écriture  nommée «Belle Allure» qui conviendra parfaitement aux modèles que vous souhaitez réaliser pour vos élèves. Elle a le gros avantage d’être entièrement gratuite et de posséder plusieurs options telles que le gras ou le choix dans les majuscules (bâtonnées, calligraphiées simplifiées ou calligraphiées à l’anglaise). 
Merci Jean Boyault !





Lien vers le site de l'auteur de cette police : cliquez là !

Écriture en primaire : Est-ce si important que l'écriture soit belle en primaire ?

Suite à mon article sur les modèles d'écriture utilisés par les enseignants et à la publication du mémo associé,  j'ai reçu de nombreuses questions et remarques.

Ainsi, un enseignant explique qu'il privilégie avant tout l'orthographe sans donner trop d'importance à la qualité de l'écriture en primaire.

Malheureusement, c'est une erreur. En effet, tout le monde peut constater que l'écriture normale de l'adulte moyen n'a pas du tout la même allure que l'écriture des enfants : elle est personnalisée.
Pour autant, cette personnalisation ne nous empêche pas du tout de lire. Pourquoi ?

Tout simplement parce qu'il existe un certain nombre d'invariants communs avec l'écriture de base, ce qui fait que nous reconnaissons sans peine les lettres, mêmes déformées, dans leur contexte.
Par contre, lorsque les règles de base de l'écriture cursive ne sont pas acquises, la dégradation ultérieure de l'écriture fait qu'elle en devient difficilement lisible, et donc problématique.

Voici l'exemple d'une écriture d'élève de CM, qui en général n'inquiète pas trop les enseignants. Il y a bien pire, c'est lisible, il n'y pas pas trop de fautes...


écriture élève CM
Écriture de l'élève en CM.


On note déjà toutefois quelques soucis : des trous dans les mots, les lettres sont irrégulièrement inclinées et la tenue de ligne fluctuante, les "e" sont trop grands et cabossés, il y a un trait d'attaque sur les lettres rondes qui sont faites sans lever le crayon (observez le "c" de "consigne, ligne 3).

Que devient cette écriture une fois l'élève arrivé en 4ème ?

évolution d'une écriture d'élève du primaire au collège
Écriture du même élève en 4ème (exemple 1)

Écriture du même élève en 4ème (exemple 2)

Clairement, l'écriture s'est fortement dégradée, à en devenir difficilement lisible (n'hésitez pas à cliquer sur les images pour les agrandir). L'écriture est devenue un problème pour la poursuite des études et les examens de ce pourtant bon élève.

Qu'est-ce qui pose problème ? 
Les e qui ne sont toujours pas maîtrisés (les faire en boucle aurait été plus simple pour lui)
De plus en plus de trous dans les mots, puisqu'il met ses points barres et accents immédiatement.
Les lettres rondes avec trait d'attaque, et sans lever le crayon, qui déstructurent complètement l'écriture.
La tenue de ligne qui fluctue de plus en plus, et l'écriture qui devient trop petite : la tenue de crayon inexacte de cet élève le pénalise aujourd'hui.


En conclusion, je souhaite insister sur le point que les enseignants de primaire perdent le contact avec leurs élèves lorsqu'ils passent dans les classes supérieures. Il ne peuvent donc pas se rendre compte à quel point leur enseignement est crucial pour la suite.
Meilleur sera l'enseignement de l'écriture dans les petites classes, meilleure sera l'écriture à l'âge adulte, et bien sûr à l'adolescence. Pour bien écrire, il faut une bonne orthographe, mais pas seulement. Il faut aussi une écriture qui respecte le modèle qui n'est pas imposé pour rien, et une bonne tenue de crayon.








Mémo : Modèle d'écriture


Suite à mon article sur l'importance du modèle d'écriture lors de l'apprentissage, voici un petit mémo pour se souvenir des points importants que doivent respecter les modèles.

À partager sans modération !

écriture cursive importance du modèle
Mémo : quel modèle pour une belle écriture

Idées pour bien écrire : Épisode 2, le modèle d'écriture donné aux enfants

Vous avez peut-être lu l'article que ma collègue rééducatrice Laurence Pierson a écrit récemment intitulé : L'écriture au tableau un geste professionnel à soigner.

Elle y explique en particulier les difficultés rencontrées par les jeunes enseignants qui doivent écrire au tableau de beaux modèles pour leurs élèves.

Pour ma part, je souhaite vous présenter ici quelques réflexions sur l'écriture de l'enseignant mais cette fois, dans les cahiers de leurs élèves.
En effet, j'ai eu le plaisir d'avoir ce matin en main le cahier de la petite soeur d'un de mes élèves en rééducation. Ce cahier a été commencé en fin de grande section de maternelle, puis a continué en CP.
On peut, avec un peu d'observation, y découvrir comment les variations du modèle enseignant modifient l'écriture de l'enfant. 

Voici une des premières pages.

Cahier du jour au mois de juin, élève de grande section de maternelle.

Je tiens tout d'abord à saluer le travail de l'enseignant. Nous sommes donc en juin de l'année de grande section de maternelle, dans une classe bilingue français-allemand. Il est clair que les enfants on été sérieusement préparés à l'écriture cursive, comme le montre le travail de l'élève qui arrive a écrire en cursif dans les lignes.

Le cahier choisi présente un lignage Seyès dit "grands carreaux" agrandi, dont l'interligne fait 3mm. C'est un excellent choix parfaitement adapté pour la grande section ou le CP, même pour les élèves de CE1 qui en ont encore besoin.
Le lignage est également bicolore, la ligne de base est bleu foncé, alors que les interlignes sont en bleu turquoise. Le contraste des couleurs permet une perception optimale du lignage par les enfants.

L'enseignant s'est donné beaucoup de mal à tracer les modèles à la main, avec une graphie irréprochable. La lettre "e" est réalisée simplement, en petite boucle, le a est présenté sans trait d'attaque inutile. Par ailleurs, devant les lettres rondes l'enseignant a bien levé le crayon. La lettre "o" ne comporte pas d'oeilleton .  Les dimensions du modèle respectent aussi parfaitement le lignage. Enfin, les majuscules utilisées (indispensables pour les noms en allemand) sont celles que les enfants connaissent depuis la moyenne section, et non les majuscules cursives tarabiscotées qui ne seront enseignées qu'en CE1 ou à partir du milieu du CP.

À la page suivante malheureusement, on peut repérer quelques défauts dans le modèle donné à reproduire aux enfants. Je vous laisse en premier lieu observer la page d'écriture... Voyez-vous ce qui cloche et les conséquences pour l'élève ?

Cahier du jour fin juin, élève de grande section de maternelle.

Le premier défaut apparait au niveau du modèle de lettre "v". En effet, il existe un oeilleton dans cette lettre, que l'enfant reproduit. L'élève se débrouille plutôt bien, alors que l'enchaînement des lettres "v" et "e" est particulièrement compliqué. 
Tout d'abord, la lettre "v" se termine en haut du premier interligne, alors que la lettre "e" commence normalement sur la ligne de base, donc en bas de ce même interligne. Il faut donc modifier la forme du "e" qui doit commencer plus haut que normalement. Si en plus le "v" possède un oeilleton (c'est le nom de la petite bouclette), il faut veiller à bien différencier l'oeilleton (qui doit rester petit) du "e" (qui est un peu plus grand, mais pas trop pour ne pas dépasser de l'interligne).

En gros plan, voici ce que cela donne :

"ve" enseignant avec oeilleton, reproduit par l'élève

Il aurait été plus logique (et plus simple pour l'enfant) de ne pas mettre d'oeilleton au v. Ainsi, plus de risque de confondre oeilleton du "v" et lettre "e". 
D'ailleurs, c'est ce second modèle que propose l'enseignant à la ligne suivante, dans le mot: "vendredi" qui ne comporte pas d'oeilleton. Cela me fait dire que l'oeilleton observé dans le modèle "ve" est un défaut non voulu par l'enseignant, très probablement dû à la fatigue (Nous sommes le 21 juin, l'année touche à sa fin, la période des livrets de compétences à remplir bat son plein, mais l'enseignant fait toujours tous ses modèles à la main...).

"ve" enseignants sans oeilleton, reproduit à la perfection par l'élève

C'est là que l'on peut véritablement commencer à prendre conscience de l'importance du modèle enseignant. Alors que l'élève a fait une ligne complète de "ve" avec oeilletons dans la lettre "v" à la ligne précédente, elle reproduit pourtant fidèlement le nouveau modèle de l'enseignant, sans oeilleton cette fois. C'est particulièrement visible au début des mots "vendredi". Autre détail à noter, il n'y a pas d'oeilleton dans le "r", l'enfant n'en fait donc pas non plus.
Par ailleurs, il existe un autre tout petit défaut dans le "vendredi" de l'enseignant. Avez-vous remarqué le second "e" dans le modèle en rouge ? Au lieu d'avoir écrit le "e" en petite boucle comme à son habitude, le second "e" de l'enseignant présente un arrêt dans le mouvement, une cassure : il s'agit d'un "e" apraxique. Maintenant, observez attentivement le second "vendredi" de l'élève. Bingo, le deuxième e est apraxique lui aussi. 

On pourrait penser que ce sont des détails, mais en fait toute l'attention de l'enfant porte sur les détails qu'il s'efforce de reproduire le plus fidèlement possible. Si votre modèle (que vous soyez parent ou enseignant) présente un défaut, nul doute qu'il sera reproduit et amplifié par l'enfant.

Pour vous en convaincre, continuons encore à tourner les pages de ce cahier. Nous arrivons maintenant au 2 septembre, on est donc maintenant en classe de CP.  Comme il s'agit d'un CP bilingue, il y a deux nouveaux enseignants. Sur cette page, c'est l'enseignant de langue allemande qui prend le relais.

Cahier du 2 septembre, début de CP bilingue (Cours Préparatoire)
On sent tout de suite que la liaison grande section/CP se fait bien, que les enseignants semblent être sur la même longueur d'onde : le cahier commencé en maternelle est réutilisé, les modèles de "e" de la fin de la page sont toujours en petite boucle, et les "a" n'ont pas de trait d'attaque, le modèles sont faits à la main. L'enfant n'est donc pas dépaysé.
Toutefois, on note aussi que le nouvel enseignant n'a pas tout à fait la même rigueur que l'autre dans ses modèles d'écriture. Approchons nous :

Défaut dans le modèle d'écriture sur la taille des lettres
Normalement, le "S" majuscule, le "h" et le "l" du modèle rouge "Schule" devraient faire 3 interlignes de haut. En réalité, "S" et "h" sont hauts de 2 interlignes seulement, "l" fait deux interlignes et demi. Qu'en est-il de la production de l'enfant ? Elle respecte scrupuleusement le modèle enseignant, avec "S" et "h" qui mesurent deux interlignes de haut, et le "l" qui en mesure deux et demi... même le "e" de "Schule" est un peu trop grand, tant chez l'enseignant que l'enfant...
Auriez-vous imaginé une telle application et une telle attention au détail de la part de l'élève ?


Défaut d'interruption du geste dans le modèle, et e apraxique.

Il est aussi intéressant de noter que les deux lettres "r"  du modèle rouge "Lehrerin" présentent un oeilleton, ce qui n'est plus le cas dans le modèle suivant... ni dans la reproduction de l'élève qui ne peut donc automatiser son geste puisqu'il se modifie sans cesse en suivant le modèle qui fluctue. 


"r" sans oeilletons, mais défaut sur "S" "l" et "h" qui sont trop petits

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin, continuons nos observations à la loupe. Deux défauts apparaissent clairement ci-dessus dans le mot "die Lehrerin". Primo, les deux "e" du modèle sont différents (un "e" bouclé, un "e" apraxique). Secundo, le i est fait comme un petit bâton, ce qui entraîne des trous dans le mot avant et après la lettre. Comment l'enfant a-t-il reproduit le modèle ? Avec le même i bâtonné, et les mêmes trous. Quant au premier "e", l'enfant l'a reproduit apraxique comme sur le modèle, alors que le second est en boucle, toujours comme sur le modèle.


Continuons sur la page suivante pour finir notre analyse.

Page de cahier suivante, CP bilingue.



Dans le mot Elena, on peut observer que l'enseignant n'a pas écrit le "a" de façon classique. Il s'agit ici d'un "a" en 2 morceaux : le corps du "a" ( appelé l'ove) est commencé et terminé en haut à gauche, ce qui impose de lever le crayon pour terminer la lettre. Par contre, l'enfant ne suit ici pas du tout le modèle de l'enseignant, puisqu'il n'y a plus de lever de crayon, l'enfant faisant un aller-retour en vague.  
On peut donc s'interroger sur la cohérence de l'enseignement prodigué puisqu'on a jusqu'ici trouvé déjà au moins trois modèles différents de lettre "a" : en deux morceaux, en un seul morceau sans lever le crayon et en un seul morceau mais en levant le crayon avant... Notre bonne petite élève s'en tire bien, mais qu'en serait-il pour un élève en difficulté ?



Erreur dans le modèle enseignant sur la lettre "a", autre erreur chez l'enfant.

J'enfonce une dernière fois le clou, avec encore un exemple. Ci-dessous, les modèles enseignants sont nettement erronés. Les lettres "l" au lieu de commencer sur la ligne de base, commencent en haut du premier interligne. Au début, l'enfant continue comme il avait appris, d'autant plus que l'enseignant a mis un point rouge pour indiquer où commencer la lettre... Au bout de trois "le", l'enfant se rend compte de son erreur et rectifie sur les deux derniers "le" de la ligne.
Ici, le défaut observable dans l'écriture de l'enfant est clairement imputable au modèle...

Erreur de point d'attaque du modèle enseignant


En conclusion, j'espère vous avoir convaincu qu'il est crucial de soigner les modèles que l'on donne aux enfants lors de l'apprentissage de l'écriture. Ces petites variations observées dans les modèles perturbent les élèves, même les élèves sans difficulté d'apprentissage aucune. Elles peuvent par contre durablement affecter l'automatisation du geste des élèves les plus faibles ou ayant le moins confiance en eux.


Pour en savoir plus


Se repérer dans le lignage (par Isabelle Godefroy)

Quelle place pour l'écriture en élémentaire ? (Par Laurence Pierson)