Bienvenue sur le blog de SOS-ÉCRITURE

écriture cursive dysgraphie  La rééducation de l'écriture est une spécialité méconnue dont le but est de traiter et corriger les troubles liés à l'écriture manuscrite : illisibilité, lenteur, douleurs, dysgraphie. Quel que soit l'âge, il est possible de restaurer son geste graphique et d'améliorer son écriture en quelques séances.

J'ai créé ce blog, car je suis rééducatrice de l'écriture. Vous trouverez ici tout ce qu'il faut savoir sur ma profession, ainsi que des conseils pour  vaincre une dysgraphie, (ou éviter de la provoquer). Ce site est un résumé au jour le jour des progrès de mes élèves et de l'évolution de nos connaissances. Je l'ai créé pour partager avec mes élèves, leurs enseignants, les parents ou les professionnels intéressés.

J'ai également un site web professionnel www.sos-ecriture.com ou vous pourrez prendre rendez vous pour une rééducation de l'écriture si vous le souhaitez.

Mon cabinet de rééducation est situé à Obernai, en  Alsace.

 Je travaille également en collaboration avec d'autres cabinets de rééducation en écriture un peu partout en France.

N'hésitez pas à fureter sur mon blog. Pour vous y retrouver, voici quelques thèmes abordés :

Pourquoi je déconseille d'utiliser la police Cursivécole

Il existe un site web bien pratique qui a pour but de simplifier la tâche des enseignants en leur permettant de faire leur modèle directement à l'ordinateur, Cursivécole.
Malheureusement, je ne peux pas recommander son utilisation pour l'enseignement de l'écriture au CP. Voici un aperçu de quelques points problématiques à mon sens qui devraient vous convaincre de faire vos modèles dans les cahiers à la main, ou d'utiliser un cahier tout près tel le cahier Pierson que vous pouvez feuilleter en cliquant ici.

Premièrement, les leçons d'écriture seront imprimées ou photocopiées, pour être collées dans les cahiers. Quel intérêt d'avoir un cahier Seyès dans ce cas ? De plus, un cahier rempli de feuilles collées par des petites mains de CP qui ne savent pas coller droit ni travailler sans mettre de colle partout devient vite un vrai torchon.

Ne perdons pas non plus de vue que le lignage très noir n'est pas facile à utiliser : il est certes très contrasté, mais en l'absence de couleu,r le lignage est terne. Il est difficile pour l'enfant de se repérer à l'intérieur. C'est d'autant plus dommage que le cahier dans lequel la feuille sera collée est bien mieux adapté pour écrire.


Regardons maintenant la police et quelques-uns de ses défauts :

Voici le modèle du mot "elle" :
Modèle Cursivécole
Les "e" utilisés sont des "e" apraxiques, c'est à dire des "e" avec un arrêt dans le mouvement. Il commencent... au milieu de l'interligne ! C'est tout de même un comble : on utilise déjà un lignage compliqué qui comporte beaucoup de lignes, mais non, on ne commence pas sur une ligne, mais entre deux. Cet exercice est particulièrement difficile pour de jeunes scripteurs. En comparaison, le modèle donné dans le cahier Pierson est à la fois plus lisible, plus fluide, et plus facile à réaliser.

Modèle du cahier Pierson, Éditions MDI

Continuons maintenant avec le mot "le" :
Modèle Cursivécole

On note que le "l" commence maintenant sur la 1ère ligne et non sur la ligne de base... Pas évident dans ces conditions pour l'enfant de comprendre comment s'enchaînent un "e" (qui se termine sur la ligne de base) et un "l "(qui commence sur la première ligne...)


Modèle du cahier Pierson, Éditions MDI

En comparaison, le modèle Pierson est bien plus logique pour un petit CP : le "l" commence bien sur la ligne, et finit sur la ligne, comme le "e". Quoi de plus simple ?

Continons maintenant avec les mots "une tête" :
Modèle Cursivécole
Le "u" et le "t" commencent en l'air, sur la première et sur la deuxième ligne. Comment enchaîner les lettres dans ces conditions ? En fait, ce n'est pas possible : pour écrire "et" le modèle montre bien qu'on s'arrête après le "e", que l'on doit lever le crayon pour aller le poser sur la seconde ligne afin de faire le "t". L'écriture n'est pas fluide, il y a des arrêts inutiles. 
Modèle du cahier Pierson, Éditions MDI
En comparaison, le modèle Pierson est toujours aussi simple et logique : Pas d'arrêt dans l'écriture, les "t" sont faits comme des pointes, ils commencent et finissent sur la ligne, comme la lettre "e" qui s'enchaîne naturellement.

Quant à l'enchaînement des lettres "u" et "n" dans le mot "une", on repère aisément qu'il présente une cassure dans le modèle Cursivécole : la liaison est anguleuse au contact de la ligne, ce que vont s'empresser de reproduire les élèves. Ils risquent d'écrire lettre à lettre, chaque lettre étant immuable de forme comme dans une police informatique non contextuelle. Observez au contraire la fluidité dans le modèle suivant des mots "une minute" !


Modèle du cahier Pierson, Éditions MDI
Un problème de tenue de ligne pour continuer :
Modèle Cursivécole

Dans le mot "gigot" ci-dessus, on se demandera pourquoi les lettres du modèle ne touchent plus la ligne, non plus que les jambages des "g". Pourtant, les mots précédents étaient bien en contact avec la ligne. Il s'agit d'un bug qui survient dans certains cas. Cela peut paraitre anecdotique, mais c'est en fait extrêmement important, les enfants ayant tendance à reproduire et amplifier les défauts du modèle... De plus, on sent encore bien qu'il faut lever le crayon pour faire le "i" après le "g".

Ajoutons pour terminer la bouclette présente dans la lettre "k" :

Modèle Cursivécole
Quand vous savez que l'espace entre deux lignes fait deux mm (deux mm !), comment voulez-vous qu'un enfant de CP y arrive ? Par ailleurs, vu comment commence la lettre "k" parfaitement verticalement, je me demande bien comment ils vont faire pour la lier de façon fluide à la lettre précédente...

Je termine là mon article, pas la peine de passer en revue tous les défauts, j'espère vous avoir convaincus de ne pas utiliser Cursivécole.

Pour les enseignants qui ont tout de même besoin de l'informatique pour faire leurs modèles, j'ai une bonne nouvelle : la police utilisée dans le cahier de Laurence Pierson aux éditions MDI est la police Belle Allure (avec quelques modifications minimes, notamment la lettre "y"), téléchargeable ici gratuitement.




Sinon, le cahier Pierson est un excellent choix pour exercer les petites mains à apprendre à écrire.

Spécial enseignants : Quel cahier pour apprendre à écrire en CP ?


Quel cahier d'écriture choisir pour le CP ?

Quand on enseigne à une classe de CP, surtout les premières fois, il est important de se doter d'outils efficaces et, tant qu'à faire, qui vous simplifient la vie.
Concernant l'écriture,  l'idéal est d'utiliser un petit cahier Seyès lignage agrandi 3mm dans lequel l'enseignant fera à la main tous les modèles, pour chacun de ses élèves. Ainsi, l'enseignant peut tout maîtriser de bout en bout, depuis le modèle proposé aux enfants, en passant par la progression qu'il souhaite suivre et la personnalisation du travail donné aux enfants en fonction de leurs besoins respectifs.
Oui, c'est l'idéal dans l'absolu, mais je souhaite nuancer ce propos.

Pour que cette technique fonctionne de façon satisfaisante, il faut que l'enseignant se sente suffisamment en confiance sur les points suivants :
- Aura-t-il le temps matériel de faire tous les modèles dans les cahiers des enfants ?
- Maîtrise-t-il lui-même parfaitement l'écriture manuscrite telle qu'enseignée aux enfants, afin de leur donner à reproduire des modèles parfaits ? (pour en savoir plus sur l'importance cruciale du modèle enseignant, lire ici : Idées pour bien apprendre à écrire : le modèle donné aux enfants)
- A-t-il déjà en tête une logique de progression dans l'enseignement de l'écriture, progression qu'il arrive à la faire correspondre avec la méthode de lecture qu'il emploie ?

Bref, vous l'aurez compris, en théorie, tout faire soit même est le fin du fin, mais dans la vraie vie... il peut être parfaitement opportun d'utiliser un cahier d'écriture édité spécialement à cet effet.

Oui mais... lequel ? Car il existe pléthore de ces cahiers clé en main destinés à la classe de CP.

Voici selon moi les critères principaux à observer avant de jeter son dévolu sur une édition plutôt qu'une autre :

- Le cahier doit être de qualité, puisqu'il sera utilisé quotidiennement pour la leçon d'écriture.

- Le cahier doit être esthétique et motivant pour l'enfant, comme pour l'enseignant. Je n'aime pas pour ma part les cahiers monochromes, sans illustration. Il ne faut pas non plus qu'il soit trop bariolé, au risque que l'enfant ne soit distrait. Je privilégie donc une mise en page aérée, simple, mais jolie.

- Le cahier doit être de petite taille. Pour un enfant de CP, un cahier petit format est bien plus pratique à manipuler qu'un grand cahier 21x29.7

- Le cahier doit contenir des explications quant à la posture et la tenue de crayon, compréhensibles par l'enfant. À ce sujet, je souhaite faire une remarque : la tenue de crayon et la posture sont extrêmement importants pour obtenir une écriture lisible, fluide et sans douleur. Il faut donc expliquer ces points, mais aussi prévoir un entraînement régulier. (Pour en savoir plus sur la tenue de crayon, lire ici : Idées pour bien apprendre à écrire : la tenue de crayon)

-Le cahier doit donc également contenir des exercices d'entrainement pour bien se positionner, bien tenir son crayon et bien bouger les doigts.

Autre point crucial pour moi dans un cahier d'écriture : le lien lecture écriture.
Il ne faut jamais demander à un enfant d'écrire ce qu'il n'a pas encore appris, que ce soit à lire ou à écrire. Tous les mots doivent donc être lisibles, et pouvoir être écrits... Or, comme, il n'y a pas deux méthodes d'écriture qui ont la même progression, cela implique que :

- Le cahier n'utilise que des sons simples.
- et que le cahier présente les lettres dans un ordre logique, et progressif.

Prenons un exemple simple, pour illustrer par quel cahier d'écriture il ne faudrait surtout pas commencer :

Exemple de cahier d'écriture inadapté pour une classe de CP


Cette page est la première d'un manuel d'écriture de CP édité chez Magnard.
Dans ce cahier, sur lequel il y aurait beaucoup à dire, à aucun moment l'enfant n'apprend à faire les I majuscule,  l, t, u, n, v, r, et e. Et pourtant, il doit être capable d'écrire "Il lit un livre" dès la première page.
À la page suivante (celle du I majuscule), l'enfant doit même écrire et lire "À midi, Irène a mangé du riz".  Comment l'enfant peut-il véritablement apprendre à écrire dans ces conditions ? Non seulement il n'a pas appris à écrire les lettres qu'on lui demande d'écrire, mais en plus il ne peut lire les mots non plus ! Non, le mot "mangé" n'est pas un mot déchiffrable en début de CP, ce cahier n'est pas un cahier adapté à cette classe. Les élèves les plus faibles prendront de mauvaises habitudes de dessin de lettres et risquent d'abandonner bien vite devant la difficulté...

Pour ma part, j'ai étudié une quinzaine de cahiers d'écriture différents, mais je ne peux en recommander qu'une seule série  : Les cahiers de Laurence Pierson, aux éditions MDI.

écriture cahier apprentissage CP
Cliquer sur l'image pour feuilleter le cahier


écriture perfectionnement
Cliquer sur l'image pour feuilleter le cahier

Cerise sur le gâteau : ces cahiers sont prévus pour être utilisés en classe, mais ils sont parfaitement utilisables pour l'école à la maison, ou pour aider son enfant durant les vacances. Tout est expliqué, pour ne pas risquer de se tromper.

En conclusion, si vous ne vous sentez pas de taille à faire tous les modèles de vos élèves à la main et souhaitez avoir le soutien d'un support pédagogique adapté, n'hésitez plus : les cahiers de Laurence Pierson sont là pour cela.

Rééducation de l'écriture au collège et au lycée : ça marche aussi !

La rééducation de l'écriture est destinée à toute personne souffrant de son écriture. Elle a pour objectif d'améliorer la lisibilité, le soin, la vitesse ou encore la douleur liée à une mauvaise tenue de crayon.

Chez l'enfant de primaire, en cours d'apprentissage de l'écriture, il semble logique que la rééducation soit efficace. Mais qu'en est-il de la rééducation des adolescents et jeunes adultes ? Quand j'en discute autour de moi, l'idée qui prédomine est que cela serait trop tard. Parfois, c'est même dès le CE2 que l'on affirme qu'il n'est plus possible de changer les habitudes.

Et pourtant... Il n'est jamais trop tard pour restaurer son geste d'écriture et retrouver une écriture lisible, fluide et sans douleur. Que l'on soit en primaire, au collège, au lycée, dans les classes supérieures, ou encore dans la vie active, il est toujours possible de s'améliorer!
Pour en témoigner, voici une vidéo illustrant les progrès de collégiens et lycéens. 
PS : La plus longue des rééducations présentées ici a duré 5 mois et 12 jours.

La police de caractères idéale pour vos modèles d'écriture

Police de caractère Belle allure de Jean Boyault




Jean Boyault a créé une police d’écriture  nommée «Belle Allure» qui conviendra parfaitement aux modèles que vous souhaitez réaliser pour vos élèves. Elle a le gros avantage d’être entièrement gratuite et de posséder plusieurs options telles que le gras ou le choix dans les majuscules (bâtonnées, calligraphiées simplifiées ou calligraphiées à l’anglaise). 
Merci Jean Boyault !





Lien vers le site de l'auteur de cette police : cliquez là !

Écriture en primaire : Est-ce si important que l'écriture soit belle en primaire ?

Suite à mon article sur les modèles d'écriture utilisés par les enseignants et à la publication du mémo associé,  j'ai reçu de nombreuses questions et remarques.

Ainsi, un enseignant explique qu'il privilégie avant tout l'orthographe sans donner trop d'importance à la qualité de l'écriture en primaire.

Malheureusement, c'est une erreur. En effet, tout le monde peut constater que l'écriture normale de l'adulte moyen n'a pas du tout la même allure que l'écriture des enfants : elle est personnalisée.
Pour autant, cette personnalisation ne nous empêche pas du tout de lire. Pourquoi ?

Tout simplement parce qu'il existe un certain nombre d'invariants communs avec l'écriture de base, ce qui fait que nous reconnaissons sans peine les lettres, mêmes déformées, dans leur contexte.
Par contre, lorsque les règles de base de l'écriture cursive ne sont pas acquises, la dégradation ultérieure de l'écriture fait qu'elle en devient difficilement lisible, et donc problématique.

Voici l'exemple d'une écriture d'élève de CM, qui en général n'inquiète pas trop les enseignants. Il y a bien pire, c'est lisible, il n'y pas pas trop de fautes...


écriture élève CM
Écriture de l'élève en CM.


On note déjà toutefois quelques soucis : des trous dans les mots, les lettres sont irrégulièrement inclinées et la tenue de ligne fluctuante, les "e" sont trop grands et cabossés, il y a un trait d'attaque sur les lettres rondes qui sont faites sans lever le crayon (observez le "c" de "consigne, ligne 3).

Que devient cette écriture une fois l'élève arrivé en 4ème ?

évolution d'une écriture d'élève du primaire au collège
Écriture du même élève en 4ème (exemple 1)

Écriture du même élève en 4ème (exemple 2)

Clairement, l'écriture s'est fortement dégradée, à en devenir difficilement lisible (n'hésitez pas à cliquer sur les images pour les agrandir). L'écriture est devenue un problème pour la poursuite des études et les examens de ce pourtant bon élève.

Qu'est-ce qui pose problème ? 
Les e qui ne sont toujours pas maîtrisés (les faire en boucle aurait été plus simple pour lui)
De plus en plus de trous dans les mots, puisqu'il met ses points barres et accents immédiatement.
Les lettres rondes avec trait d'attaque, et sans lever le crayon, qui déstructurent complètement l'écriture.
La tenue de ligne qui fluctue de plus en plus, et l'écriture qui devient trop petite : la tenue de crayon inexacte de cet élève le pénalise aujourd'hui.


En conclusion, je souhaite insister sur le point que les enseignants de primaire perdent le contact avec leurs élèves lorsqu'ils passent dans les classes supérieures. Il ne peuvent donc pas se rendre compte à quel point leur enseignement est crucial pour la suite.
Meilleur sera l'enseignement de l'écriture dans les petites classes, meilleure sera l'écriture à l'âge adulte, et bien sûr à l'adolescence. Pour bien écrire, il faut une bonne orthographe, mais pas seulement. Il faut aussi une écriture qui respecte le modèle qui n'est pas imposé pour rien, et une bonne tenue de crayon.








Mémo : Modèle d'écriture


Suite à mon article sur l'importance du modèle d'écriture lors de l'apprentissage, voici un petit mémo pour se souvenir des points importants que doivent respecter les modèles.

À partager sans modération !

écriture cursive importance du modèle
Mémo : quel modèle pour une belle écriture

Idées pour bien apprendre à écrire : Le modèle d'écriture donné aux enfants

Vous avez peut-être lu l'article que ma collègue rééducatrice Laurence Pierson a écrit récemment intitulé : L'écriture au tableau un geste professionnel à soigner.

Elle y explique en particulier les difficultés rencontrées par les jeunes enseignants qui doivent écrire au tableau de beaux modèles pour leurs élèves.

Pour ma part, je souhaite vous présenter ici quelques réflexions sur l'écriture de l'enseignant mais cette fois, dans les cahiers de leurs élèves.
En effet, j'ai eu le plaisir d'avoir ce matin en main le cahier de la petite soeur d'un de mes élèves en rééducation. Ce cahier a été commencé en fin de grande section de maternelle, puis a continué en CP.
On peut, avec un peu d'observation, y découvrir comment les variations du modèle enseignant modifient l'écriture de l'enfant. 

Voici une des premières pages.

Cahier du jour au mois de juin, élève de grande section de maternelle.

Je tiens tout d'abord à saluer le travail de l'enseignant. Nous sommes donc en juin de l'année de grande section de maternelle, dans une classe bilingue français-allemand. Il est clair que les enfants on été sérieusement préparés à l'écriture cursive, comme le montre le travail de l'élève qui arrive a écrire en cursif dans les lignes.

Le cahier choisi présente un lignage Seyès dit "grands carreaux" agrandi, dont l'interligne fait 3mm. C'est un excellent choix parfaitement adapté pour la grande section ou le CP, même pour les élèves de CE1 qui en ont encore besoin.
Le lignage est également bicolore, la ligne de base est bleu foncé, alors que les interlignes sont en bleu turquoise. Le contraste des couleurs permet une perception optimale du lignage par les enfants.

L'enseignant s'est donné beaucoup de mal à tracer les modèles à la main, avec une graphie irréprochable. La lettre "e" est réalisée simplement, en petite boucle, le a est présenté sans trait d'attaque inutile. Par ailleurs, devant les lettres rondes l'enseignant a bien levé le crayon. La lettre "o" ne comporte pas d'oeilleton .  Les dimensions du modèle respectent aussi parfaitement le lignage. Enfin, les majuscules utilisées (indispensables pour les noms en allemand) sont celles que les enfants connaissent depuis la moyenne section, et non les majuscules cursives tarabiscotées qui ne seront enseignées qu'en CE1 ou à partir du milieu du CP.

À la page suivante malheureusement, on peut repérer quelques défauts dans le modèle donné à reproduire aux enfants. Je vous laisse en premier lieu observer la page d'écriture... Voyez-vous ce qui cloche et les conséquences pour l'élève ?

Cahier du jour fin juin, élève de grande section de maternelle.

Le premier défaut apparait au niveau du modèle de lettre "v". En effet, il existe un oeilleton dans cette lettre, que l'enfant reproduit. L'élève se débrouille plutôt bien, alors que l'enchaînement des lettres "v" et "e" est particulièrement compliqué. 
Tout d'abord, la lettre "v" se termine en haut du premier interligne, alors que la lettre "e" commence normalement sur la ligne de base, donc en bas de ce même interligne. Il faut donc modifier la forme du "e" qui doit commencer plus haut que normalement. Si en plus le "v" possède un oeilleton (c'est le nom de la petite bouclette), il faut veiller à bien différencier l'oeilleton (qui doit rester petit) du "e" (qui est un peu plus grand, mais pas trop pour ne pas dépasser de l'interligne).

En gros plan, voici ce que cela donne :

"ve" enseignant avec oeilleton, reproduit par l'élève

Il aurait été plus logique (et plus simple pour l'enfant) de ne pas mettre d'oeilleton au v. Ainsi, plus de risque de confondre oeilleton du "v" et lettre "e". 
D'ailleurs, c'est ce second modèle que propose l'enseignant à la ligne suivante, dans le mot: "vendredi" qui ne comporte pas d'oeilleton. Cela me fait dire que l'oeilleton observé dans le modèle "ve" est un défaut non voulu par l'enseignant, très probablement dû à la fatigue (Nous sommes le 21 juin, l'année touche à sa fin, la période des livrets de compétences à remplir bat son plein, mais l'enseignant fait toujours tous ses modèles à la main...).

"ve" enseignants sans oeilleton, reproduit à la perfection par l'élève

C'est là que l'on peut véritablement commencer à prendre conscience de l'importance du modèle enseignant. Alors que l'élève a fait une ligne complète de "ve" avec oeilletons dans la lettre "v" à la ligne précédente, elle reproduit pourtant fidèlement le nouveau modèle de l'enseignant, sans oeilleton cette fois. C'est particulièrement visible au début des mots "vendredi". Autre détail à noter, il n'y a pas d'oeilleton dans le "r", l'enfant n'en fait donc pas non plus.
Par ailleurs, il existe un autre tout petit défaut dans le "vendredi" de l'enseignant. Avez-vous remarqué le second "e" dans le modèle en rouge ? Au lieu d'avoir écrit le "e" en petite boucle comme à son habitude, le second "e" de l'enseignant présente un arrêt dans le mouvement, une cassure : il s'agit d'un "e" apraxique. Maintenant, observez attentivement le second "vendredi" de l'élève. Bingo, le deuxième e est apraxique lui aussi. 

On pourrait penser que ce sont des détails, mais en fait toute l'attention de l'enfant porte sur les détails qu'il s'efforce de reproduire le plus fidèlement possible. Si votre modèle (que vous soyez parent ou enseignant) présente un défaut, nul doute qu'il sera reproduit et amplifié par l'enfant.

Pour vous en convaincre, continuons encore à tourner les pages de ce cahier. Nous arrivons maintenant au 2 septembre, on est donc maintenant en classe de CP.  Comme il s'agit d'un CP bilingue, il y a deux nouveaux enseignants. Sur cette page, c'est l'enseignant de langue allemande qui prend le relais.

Cahier du 2 septembre, début de CP bilingue (Cours Préparatoire)
On sent tout de suite que la liaison grande section/CP se fait bien, que les enseignants semblent être sur la même longueur d'onde : le cahier commencé en maternelle est réutilisé, les modèles de "e" de la fin de la page sont toujours en petite boucle, et les "a" n'ont pas de trait d'attaque, le modèles sont faits à la main. L'enfant n'est donc pas dépaysé.
Toutefois, on note aussi que le nouvel enseignant n'a pas tout à fait la même rigueur que l'autre dans ses modèles d'écriture. Approchons nous :

Défaut dans le modèle d'écriture sur la taille des lettres
Normalement, le "S" majuscule, le "h" et le "l" du modèle rouge "Schule" devraient faire 3 interlignes de haut. En réalité, "S" et "h" sont hauts de 2 interlignes seulement, "l" fait deux interlignes et demi. Qu'en est-il de la production de l'enfant ? Elle respecte scrupuleusement le modèle enseignant, avec "S" et "h" qui mesurent deux interlignes de haut, et le "l" qui en mesure deux et demi... même le "e" de "Schule" est un peu trop grand, tant chez l'enseignant que l'enfant...
Auriez-vous imaginé une telle application et une telle attention au détail de la part de l'élève ?


Défaut d'interruption du geste dans le modèle, et e apraxique.

Il est aussi intéressant de noter que les deux lettres "r"  du modèle rouge "Lehrerin" présentent un oeilleton, ce qui n'est plus le cas dans le modèle suivant... ni dans la reproduction de l'élève qui ne peut donc automatiser son geste puisqu'il se modifie sans cesse en suivant le modèle qui fluctue. 


"r" sans oeilletons, mais défaut sur "S" "l" et "h" qui sont trop petits

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin, continuons nos observations à la loupe. Deux défauts apparaissent clairement ci-dessus dans le mot "die Lehrerin". Primo, les deux "e" du modèle sont différents (un "e" bouclé, un "e" apraxique). Secundo, le i est fait comme un petit bâton, ce qui entraîne des trous dans le mot avant et après la lettre. Comment l'enfant a-t-il reproduit le modèle ? Avec le même i bâtonné, et les mêmes trous. Quant au premier "e", l'enfant l'a reproduit apraxique comme sur le modèle, alors que le second est en boucle, toujours comme sur le modèle.


Continuons sur la page suivante pour finir notre analyse.

Page de cahier suivante, CP bilingue.



Dans le mot Elena, on peut observer que l'enseignant n'a pas écrit le "a" de façon classique. Il s'agit ici d'un "a" en 2 morceaux : le corps du "a" ( appelé l'ove) est commencé et terminé en haut à gauche, ce qui impose de lever le crayon pour terminer la lettre. Par contre, l'enfant ne suit ici pas du tout le modèle de l'enseignant, puisqu'il n'y a plus de lever de crayon, l'enfant faisant un aller-retour en vague.  
On peut donc s'interroger sur la cohérence de l'enseignement prodigué puisqu'on a jusqu'ici trouvé déjà au moins trois modèles différents de lettre "a" : en deux morceaux, en un seul morceau sans lever le crayon et en un seul morceau mais en levant le crayon avant... Notre bonne petite élève s'en tire bien, mais qu'en serait-il pour un élève en difficulté ?



Erreur dans le modèle enseignant sur la lettre "a", autre erreur chez l'enfant.

J'enfonce une dernière fois le clou, avec encore un exemple. Ci-dessous, les modèles enseignants sont nettement erronés. Les lettres "l" au lieu de commencer sur la ligne de base, commencent en haut du premier interligne. Au début, l'enfant continue comme il avait appris, d'autant plus que l'enseignant a mis un point rouge pour indiquer où commencer la lettre... Au bout de trois "le", l'enfant se rend compte de son erreur et rectifie sur les deux derniers "le" de la ligne.
Ici, le défaut observable dans l'écriture de l'enfant est clairement imputable au modèle...

Erreur de point d'attaque du modèle enseignant


En conclusion, j'espère vous avoir convaincu qu'il est crucial de soigner les modèles que l'on donne aux enfants lors de l'apprentissage de l'écriture. Ces petites variations observées dans les modèles perturbent les élèves, même les élèves sans difficulté d'apprentissage aucune. Elles peuvent par contre durablement affecter l'automatisation du geste des élèves les plus faibles ou ayant le moins confiance en eux.


Pour en savoir plus


Se repérer dans le lignage (par Isabelle Godefroy)

Quelle place pour l'écriture en élémentaire ? (Par Laurence Pierson)